AMSELLE, Jean-Loup, Islams africains : la préférence soufie. Compte-rendu

Lormont, Le Bord de l’eau, 2017. 148 p. 14 euros.

Le dernier livre de Jean-Loup Amselle reprend les paradigmes que ses recherches menées depuis presque un demi-siècle, lui ont permis d’établir :

1 – Refus de tout enfermement dans un ensemble qu’il soit ethnique, religieux, culturel, politique ou autres. Rien, ni personne n’est isolé ce qui conduit à l’examen des relations.

2 – Refus des binarisme, Islam/animismes, Afrique noire/Afrique du nord, Afrique/Europe… Ils empêchent l’élaboration de catégories plus fines et donc plus pertinentes.

3 – Conséquence, la réalité ne peut se concevoir qu’au travers de processus déployés dans le temps que les enquêtes permettent de suivre. La dimension historique devient essentielle.

4 – La nécessaire proximité des sources exclut toute transcendance.

5 – Toutes ces informations passent par le langage, tant les observations de l’enquêteur que des témoins, les propos et les écrits des uns et des autres.

6 – Enfin un « universalisme matriciel » s’occupe des « chaînes de société, ce qui réclame l’historicité des choses et des mots qui pourrait s’appeler des « études génétiques ».

Amselle met à nouveau en œuvre ces principes auprès de personnes sur lesquelles il enquête depuis un demi-siècle avec pour centre Bamako et le Mali, lieux où il dispose d’informations de la meilleure qualité. De ce guet, il examine quelques uns des discours sur l’Islam qu’ils proviennent des observateurs (dont il fait partie) ou des acteurs. Il nous donne ainsi un panorama des théories successives sur la question qui vont de l’expulsion au nom de l’authenticité (Griaule) à ses renouvellements successifs en particulier par les affirmations réitérées du retour à la pureté des origines.

Pour mieux souligner sa démarche, Amselle inclut dans son livre un article de 1985 (il y a 32 ans) qui par son ton, son vocabulaire, ses catégories se distingue des autres parties du livre afin de souligner ses propres évolutions mais aussi celles de l’anthropologie. Il termine son livre par un entretien avec le responsable du Haut Conseil Islamique du Mali sur la situation des Musulmans… en France. La diversité des points de vue, des documents et des écritures souligne la nécessaire pluralité des enquêtes anthropologiques.

Il peut ainsi souligner le peu de pertinence des postures pro ou anti islam car même s’il note des transformations comme la multiplication des mosquées, il ne peut en tirer hostilité ou même  inquiétude car il l’inscrit dans un processus historique qu’il constate et cherche seulement à expliquer.

B. Traimond

 

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