Qu’est-ce que l’ethnopragmatique ? Entretien avec l’auteur: Bernard Traimond

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Bernard Traimond, Qu’est-ce que l’ethnopragmatique?, PUB, Pessac, 2016.

Pourquoi ce livre ?

 Bernard Traimond : Il m’a semble nécessaire d’affirmer la perspective désignée par l’écriteau « Ethnopragmatique » et d’en présenter synthétiquement les différentes facettes.

Pourquoi ce titre ?

 B.T. : Je voulais insister sur la dimension didactique, en particulier sur les modalités concrètes mises en œuvre par ce type de démarche. Cela explique le plan du livre – autorité, objet, méthode, épistémologie et perspectives – qui veut répondre au titre  Qu’est-ce que l’ethnopragmatique ? Evidemment, le terme ethnopragmatique peut paraître compliqué mais il ne s ‘agit que d’un mot-valise affirmant d’un côté, une discipline fondée sur les enquêtes – ethno – qui utilise, de l’autre, une certaine forme de linguistique, la pragmatique du langage. Cette dernière étudie « les relations entre le langage et le contexte qui sont grammaticalisées ou inclues dans les structures de ce langage ». Ainsi la langue utilisée par nos locuteurs nous donne les preuves du contenu de leur pensée et du crédit qu’ils attribuent aux discours sur leurs pratiques, communicables au lecteur puisque nous restons dans le langage.

Tu sembles obsédé par la preuve ?

 BT : En effet, je supporte de moins en moins les affirmations de mes collègues quand ils décident unilatéralement de ce qui se passe, sans éprouver le besoin de justifier quoi que ce soit, en particulier sans critiquer les informations obtenues par des entretiens ou des observations qu’ils réalisent, souvent présentés en style indirect. Cela m’apparaît la grande faiblesse d’une partie de l’anthropologie actuelle, particulièrement en France. L’ethnopragmatique me semble constituer le moyen de surmonter cet handicap.

Mais l’ethnopragmatique ne s’occupe que du langage ?

 BT : Le langage constitue en effet la matière première des recherches en anthropologie que ce soient les paroles des locuteurs ou celles de l’observateur. Mais ce langage n’est que la médiation vers la connaissance de la réalité, l’objectif à atteindre. Je précise donc que la connaissance n’est pas la réalité. Il y a d’un côté les pratiques et de l’autre, des discours de qualités différentes sur elles. Je refuse donc tout positivisme, tout mimétisme, toute tentation d’hypostasier les discours, pour employer des mots un peu compliqués. Je refuse de « faire d’un mot une chose », et l’ethnopragmatique que je présente dans le livre, nous propose les instruments pour pouvoir échapper à cette calamité.

Tu cites plusieurs auteurs, mais parmi eux, peu invoquent l’ethnopragmatique.

 BT : En effet, l’inventeur du mot lui-même, Alessandro Duranti, me disait que j’étais le seul au monde à le reprendre. Mais je crois montrer que justement, même si l’étiquette n’est pas affichée, l’anthropologie d’aujourd’hui ne peut qu’adopter cette démarche. Tout un courant la met en œuvre,  ce qui donne les extraordinaires ouvrages que j’invoque d’Elisabeth Claverie à Carmelo Lison Tolosana en passant par Eric Chauvier et bien d’autres. J’ai essayé de présenter les raisons pour lesquelles leurs travaux accèdent à une telle qualité.

25 novembre 2016

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