Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 201

Le miroir aux alouettes

Je passais régulièrement à vélo, en voiture ou à pied devant le désormais célèbre « miroir d’eau » imaginé par le paysagiste architecte Michel Corajaud et le fontainier Jean-Max Llorca dans le cadre du réaménagement des quais de Bordeaux en 2006.

J’y voyais de nombreuses personnes agglutinées, particulièrement des enfants, pataugeant dans une mince pellicule d’eau ou quelques silhouettes fugitives surgissant dans un halo de brume. Je ne m’étais pas hasardée moi-même sur cet espace ultra fréquenté fuyant la foule et les espaces bruyants. Il fallut que des amis parisiens viennent me rendre visite à Bordeaux pour que je daigne poser un pied sur cette surface d’ardoise. Leurs trois enfants, âgés respectivement de 7 ans, 5 ans et 2 ans passé ont tout de suite étaient « des aficionados »  de cette fontaine atypique. Ces petits parisiens franco-gabonais rechignaient à se baigner dans les eaux du bassin d’Arcachon. Il y avait des « crabes morts » qui flottaient à la surface de l’eau et les effrayaient. Par contre, « aller au miroir d’eau » est vite devenu pour eux une visite incontournable et quotidienne, la récompense en fin de journée, le Graal. Le père des enfants, mécontent de cet engouement, « Hier, il y avait même un lapin, je t’assure » me dit-il, ne s’est pas déchaussé pour mettre les pieds dans l’eau. J’accompagnai donc leur mère qui, riante, courait après les enfants. Le petit dernier ne cessait de répéter « Lapin ! Lapin ! » car il voulait revoir l’animal aperçu la veille. La joie des enfants en maillot de bain et le petit dernier en couche, fut communicative. Je pris plaisir, je l’avoue, à sentir l’eau sous mes pieds, à glisser sur la surface plane comme si je marchais sur les eaux, à m’émerveiller de la brume qui surgissait des interstices des dalles.

Pourtant, de ce miroir, dont le reflet se brisait sous l’effet des interminables chevauchées des enfants, se dispersait en une multitude de gouttelettes d’eau, s’évaporait en fines panaches de fumée blanches vaporeuses, il ne restait rien.  Peut-être simplement, un miroitement, un scintillement du reflet du soleil, une tâche chatoyante, un « miroir aux alouettes » ?

Marie Braux

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