A propos de l’exposition Félix Arnaudin. Le guetteur mélancolique.

Musée d’Aquitaine jusqu’au 31 octobre 2015.

L’exposition au Musée d’Aquitaine sur l’œuvre photographique  de Félix Arnaudin (1844-1921) le présente comme un « guetteur ». Une tradition cent fois répété faisait de lui un marginal (lo pec de Laboheira) qui recueillait les témoignages écrits, oraux et visuels sur un monde disparu. « Il semble que sa préoccupation première ait été de fixer d’abord les groupes humains dans leur comportement de la vie courante, c’est-à-dire dans leur vérité : la vérité toute simple du geste et de la parole, celle de la façon d’être, du travail et du repos » écrivait ainsi Adrien Dupin à la page 132 du recueil de textes et de photos intitulé Lande d’autrefois, publié en 1972, reprenant la tonalité de tout le volume.

La publication des manuscrits – études folkloriques (chants, contes, proverbes) et historiques, du dictionnaire gascon et de la correspondance – a montré qu’Arnaudin était très proche des meilleurs savants de son temps dans le domaine linguistique et folklorique. Même le grand-père de Sartre, le Charles Schweitzer des Mots, celui qui « mettait de la nécessité partout » était venu le voir  à Labouheyre. Un premier mythe s’effondrait.

L’exposition du Musée d’Aquitaine en détruit un second, celui du réalisme des photographies. Son esthétique archaïque, ses ciels sans nuages en pleine période impressionniste, servaient à concevoir une Lande imaginaire. L’exposition nous montre les dessins qui guidaient les photos, les poses, les gestes et les attitudes qu’Arnaudin imposait à ses modèles. Parfois, ils pouvaient échanger les rôles mais les postures restaient les mêmes. Nous pouvons également voir ce qui dépasse le cadre c’est-à-dire le drap de lit tendu derrière les personnages, qui ne se voyait guère dans les photos antérieurement disponibles (comme celle que j’avais utilisée pour mon article sur le pellagre dans Ethnologie Française 1992 1. p.47). Tout est imaginé, construit, posé. Rien de spontané ou d’authentique hors l’imagination d’Arnaudin. Enfin si nous savions qu’il photographiait la lande, les pins dans le dos, nous le voyons s’attacher aux lieux où ils sont absents, les incendies et les marais.

Pourtant, l’exposition continue à perpétuer une troisième idée fausse, l’assainissement des Landes sous Napoléon III. Il est vrai qu’elles ont connu un profond bouleversement durant ce siècle mais il a eu lieu avant et sous d’autres formes. A partir de la Restauration, entre 1815 et 1850 environ, quelques particuliers se sont emparés des terres collectives. La fameuse loi toujours invoquée de 1857 n’a fait que légaliser les vols antérieurs. En revanche, l’Empire a été une période faste pour la région mais pour d’autres raisons. Lors de la guerre de Sécession (1861-1865) la marine yankee bloquait les ports sudistes donnant aux Landes le monopole de la résine à une époque où les bateaux en bois étaient encore nombreux. A ce moment là le prix réel de la résine landaise a plus que triplé amenant une brusque richesse que la propagande napoléonienne a attribué à l’Empereur et qui se perpétue encore.

Le constructivisme d’Arnaudin qui a conçu et présenté des Landes à son goût, apparaît dans tout son éclat. L’exposition constitue donc un apport essentiel dans la connaissance des instruments dont savaient se doter les folkloristes autour de 1900.

Bernard Traimond

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