Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 254

Jus d’orange

Elle a  au moins 95 ans, le corps tassé, le dos courbé mais fait ses courses seule, en ce samedi matin.  La deuxième caissière crie : « Au suivant ! » et,  plus promptes, 4 ou 5 personnes  se précipitent  et  me passent devant. Je reste, patiente, derrière la vieille  dame. Arrive alors  un grand type à la voix grave qui fait la manche dans toute la ville et traîne souvent  aux  alentours du marché.  Il entreprend également  de nous passer le  tour et  dit à la caissière : « Juste une bière ! »

Outrée elle lui répond : « Ce n’est pas à moi qu’il faut demander  mais à la dame ! » Un  peu contrarié il se penche vers la vieille dame : « Une bière madame ! » Sans  même le regarder elle répond d’un sec mais tonitruant : « Non ! » qui attire tous les regards. Puis ajoute : « Je n’en ai jamais goûté ! » Hilarité générale provoquée par son incompréhension.

La  caissière  lui  explique la situation, veut-elle le  laisser  passer ? « Oui ! » tout aussi sec, tout aussi  tonitruant. « 1,40 euro ! » L’homme tend  2 euros et dit : « Gardez les 60 centimes, c’est pour les chewing-gums que  je vous ai volés la semaine dernière.»

Désarçonnée la caissière n’arrive  qu’à répliquer : « Mais il ne  faut pas  le dire monsieur ! »

Voici comment on arrive à  écrire une chronique en achetant deux litres de jus d’orange.

Colette  Milhé

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