Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 185

Hélas?

C’est  un lieu  étrange et  méconnu.   Un de ces petits  bonheurs  inconcevables  en centre -ville,  une voie déserte de  plus d’un  kilomètre qui  le  traverse  de  part  en  part. Elle suit le cours  d’une rivière désormais souterraine  qui a  donné   son  nom au quartier : le  Hédas, quartier réputé être historiquement les  bas-fonds de  Pau.

Ce  lieu, je le fais volontiers visiter  en commençant par sa partie  la  plus connue, l’allée Emir Abd el-Kader qui  débute au pied  des  remparts, se   poursuit entre  le centre aéré et le magnifique  jardin « sauvage » élaboré  par les  enfants et  débouche sur la  place du Hédas, son parking, ses  bars  et  restaurants, son petit fronton devant  la tour  de Bór, siège du café associatif  de  Libertàt.

J’adorais y lire  et  photographier la  poésie éphémère qui s’exprimait sur les murs,  dans les allées et escaliers dérobés conduisant au centre-ville d’en haut mais la nouvelle municipalité a mené une politique anti-tags dissuasive et condamné les poètes urbains  illégitimes au silence.

Au fond de la place, on découvre par hasard que le chemin continue et débute la partie la plus inouïe, mystérieuse, glauque diront certains. On emprunte une rue étroite goudronnée dont les virages en angle droit vous empêchent d’imaginer l’issue. Un parc broussailleux en friche, un immeuble délabré, des passages sous des ponts, une salle de gym, des lieux inhabités, une résidence avec quelques voitures… se succèdent. On  n’y croise jamais personne  et  seuls  quelques  déchets, canins ou autres laissent  présager  que le lieu n’est pas complètement à l’abandon.

L’endroit  est sombre et humide et les grands immeubles du centre d’en haut qui surplombent la voie encaissée contribuent à l’atmosphère vaguement angoissante.  On débouche enfin devant les larges escaliers face au moderne cours Bosquet. En haut des marches, impossible d’imaginer l’envoutant chemin.

Cette semaine, je me suis offert  une dernière visite, en quête  d’ultimes traces. Trop tard, avant le passage  du cortège médiatico-municipal  quelques  jours auparavant, les lieux avaient été minutieusement nettoyés. La semaine prochaine, des travaux finiront d’engloutir la poésie et  la sauvagerie, la « verrue », à coups de réhabilitation, d’aseptisation, de rénovation, requalification, relégation, réappropriation…  Bientôt le Hélas sera sous contrôle, policé. Déjà, des panneaux installés sur le fronton montrent les esquisses des nouveaux espaces minéralisés, empêchant toute utilisation de l’espace de jeu…

Colette Milhé

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