Chroniques d’été. Épisode 21

Camping urbain

Ils sont garés en épi au pied de mon immeuble, au bord du gave, avec vue sur le château. Je les observe du 4ème, littéralement fascinée. Le coffre est ouvert, rempli de sacs en plastique, des vêtements, d’autres sacs jonchent le toit de la voiture. Sur le capot, un gros classeur et une chemise en carton. La femme aux cheveux gris, coiffés en deux nattes, s’affaire. Une nuisette fleurie à bretelles ceint son corps massif. Je pense à des gitans, du moins est-ce la représentation que j’en ai. Un matelas est adossé contre un lampadaire, attendant qu’elle libère de l’espace sur la banquette arrière. Ils ont dû dormir à la belle étoile. L’homme rode plutôt autour du réchaud, posé à côté de la voiture (ils stationnent pourtant devant un petit square accueillant), il dépose un grill garni de merguez à même le sol. Soulève le couvercle d’une cocotte-minute remplie de sauce tomate.  Elle le sollicite pour l’aider à ranger le matelas récalcitrant. Vêtu d’un simple boxer gris, il s’étire, le ventre en avant et organise mollement son petit-déjeuner. Il place une mini table en plastique (20cm de haut) près d’un siège pliant, au bord du trottoir, vide la sauce tomate dans un grand saladier, l’assaisonne abondamment. Un chiot joue avec divers emballages, autour des merguez sans surveillance particulière. L’homme les porte sur la table. Elle s’affaire toujours, sort la glacière pour caler le réchaud dans le coffre. Il n’ose commencer son repas. Il se lève, saisit le classeur et range les papiers.  Désœuvré, il  arpente le trottoir. Elle le sollicite à nouveau comme elle ne peut ranger les cannes à pêche. Il s’en occupe. Revient s’asseoir. Je les épie toujours, un peu honteuse.

  • Pas de moquerie ! entends-je derrière moi.

Erreur, ce n’est pas de la moquerie, plutôt de l’admiration que je ne comprends  pas immédiatement. Le regard que l’homme porte sur les passants esquive une explication. Ils  donnent à voir l’intimité d’un couple « à la maison » mais les murs ont disparu. Le monde devient une maison sans limites.

En bas, les derniers paquets disparaissent. J’aperçois alors la plaque d’immatriculation, bulgare. La femme  porte pain et tomates puis s’assoit sur le  bord du trottoir, dévoilant sans gêne aucune ses sous-vêtements. Lui rapproche la table, 9h30, le petit-déjeuner peut commencer.

Celui-ci achevé, ils reprennent la route.

Colette Milhé

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