Chroniques de l’ordinaire bordelais. Episode 381

Grande ville

Je viens d’une petite ville, je viendrai toujours d’une petite ville. A chaque retour à Bordeaux, une scène suscite mon étonnement et me confirme que je ne suis plus sur la même planète. Bagarre, dispute, hurlements, scène insolite… me le rappellent à chaque fois.

Hier, après trois semaines d’absence, je vais au ravitaillement. Devant St-Christoly, j’éconduis, blasée pour le coup, une « militante » de Greenpeace. Mais mon regard est attiré par une femme assise près de la porte, les genoux repliés, de longs cheveux mal coiffés recouvrant en partie son visage. Atteinte d’une sorte de toc insolite, elle se signe en continu. Dans ma tête résonne en boucle « Au nom du père et du fils et du saint-esprit. Au nom du père et du fils et du saint-esprit. Au nom du père et du fils et du saint-esprit… » Elle, ne dit rien.

Médusée, ce n’est que dans un second temps que j’aperçois les pigeons. Ils sont à quelques centimètres d’elle. Pire, l’un d’eux est posé sur son genou. Je suis persuadée qu’un second l’est aussi, dans l’instant fugace, je n’ai pas fixé sur quelle partie du corps. L’épaule ?

La scène est inintelligible, aucun récit n’émerge. Quand je ressors, comme pour m’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une vision, je jette un coup d’œil à l’angle. Elle a disparu. Les pigeons aussi. Je me réadapterai peut-être toujours à la grande ville mais ne m’y habituerai jamais vraiment.

Colette Milhé

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