Bernard Traimond, Les chasses aux sangliers : se confronter au sauvage. Compte-rendu

Morlaàs, Cairn, 2021.

Moi qui n’aime ni la chasse, ni les chasseurs, je viens de terminer le livre de Bernard Traimond, chef de file de l’Ecole de Bordeaux*. Une fois encore, par son regard fin et aguerri, son humour, son argumentaire, sa démarche, il est parvenu à me faire changer d’avis tout comme il était parvenu à le faire en 1995, lorsque étudiante en licence d’ethnologie, il avait fini par me faire aimer la corrida.

Avant tout, il me semble utile de rappeler sa démarche en le citant : « si j’ai choisi le métier d’anthropologue, c’est pour mettre au jour la parole d’en bas, de ceux qui ne sont pas écoutés. Non seulement je m’occupe de « ce savoir (qui) n’est pas su », mais je veux le valoriser, lui donner la place qui doit lui revenir« . Certains passages de ce livre vont paraître familiers aux lecteurs de ce blog.

Le procédé d’écriture m’a paru différent de ses autres ouvrages. Le propos y est plus intime, plus réflexif, toujours humble. Le récit de son enquête ne se distingue plus de celui sur la chasse, « les deux se mélangent inexorablement« . Bernard Traimond joue aussi sur les temps, passé/présent et nous donne à réfléchir sur sa poétique, le processus linguistique est analysé en même temps que la restitution de l’enquête.

Je suis bien incapable d’énoncer la raison pour laquelle j’ai pensé à l’œuvre de Paul Auster dans la méthode de construction, l’articulation du propos. J’y ai également détecté une influence des œuvres d’Eric Chauvier et surtout de Colette Milhé : les anciens étudiants influencent-ils désormais le Maître ?

Les propos sur les « néo-ruraux  » m’ont réjouie et amusée même si l’on sent chez Bernard Traimond une certaine rancune due à ses poules tuées par leurs chiens qu’ils ne savent pas garder. « En effet, de plus en plus, fuyant les contraintes comptables et sociales de la ville, des urbains s’installent à la campagne pour l’établir selon leur imaginaire à leurs normes olfactives, auditives et sociales. »

Le seul point du livre qui m’a semblé critiquable est l’opposition des ruraux aux urbains quelque peu manichéenne. Il me semble qu’il y a des urbains (au sens vivant en ville) qui chassent et des ruraux qui n’aiment ni la chasse ni les chasseurs et qui pourtant vivent la nature tout autant. Mais il est vrai que la parole des anti-chasseurs est bien trop présente aujourd’hui.

Ecrire sur ce récit cynégétique (je suis très fière d’avoir retenu ce mot nouveau pour moi) en omettant d’évoquer l’humour de son auteur serait impardonnable.

Je me suis beaucoup amusée à le lire, et pas seulement par ce que l’auteur, face à certaine situation et, comme Nigel Barley, a pu se trouver en déroute. Le style est toujours drôle même si le propos lui, est très sérieux.

J’en ai déjà trop dit, à vous désormais de vous confronter au sauvage.

Olivia Wallig-Negré

*https://antropologiabordeaux.wordpress.com/2021/04/09/escale-du-livre-2021/

*chroniques n°80, 157, 209 et 220

BARLEY, Nigel, Un anthropologue en déroute, Paris, Payot, 1992

CHAUVIER, Eric, Somaland, Paris, Allia, 2012

Colette Milhé, Le mystère de la cagoule, Toulouse, Anacharsis, 2020

TRAIMOND, Bernard, Les fêtes du taureau. Essai d’ethnologie historique, Bordeaux, AA éditions, 1996.

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