Chroniques d’un anthropologue au Japon (33)

Emergence d’un terrain

Le 5 janvier 2021, nous allons chercher la galette des rois commandée chez Bigot, une boulangerie française située à Shukugawa. C’est aussi là que se trouve l’église, où le Père Mercier, auteur du rapport des MEP que Maria m’avait fourni en septembre dernier, s’était fait arrêter par la police japonaise en 1945. Il fait froid, et je commence à râler à cause de la distance entre la gare et la boulangerie. Il ne doit pas y avoir grand monde dans la boutique. Quelle idée de s’installer aussi loin.

Nous entrons. Porte en bois rustique, mais automatique. Modernité et tradition. Personne dans le magasin conformément à mes prévisions. La galette est là dans la vitrine, royalement exposée. Type pâte feuilletée/frangipane, plutôt fine, et bien dorée. Version 1.0, la « petite » pour 8 personnes tout de même, 1800 yens. L’autre, version Pro. La « grosse », comme en France, mais pas tout à fait quand même, 2400 yens. Rajoutez la TVA au total. Je lève la tête, deux jeunes vendeuses. Deux anges. A mon service, moi, le client roi, une galette des rois, s’il vous plaît ! Coiffures identiques, cheveux noirs brillants raides, mi-longs, la frange bien tracée devant, sages, comme des images. Deux petites couettes à l’arrière, les yeux candides. Deux jumelles, deux clones. La même robe noire, le même tablier crème à broderies anglaises, soubrettes du XIXème siècle. Je reluque les pains au chocolat, qui ont l’air vraiment authentiques. A haute voix. Elles sont superbes les viennoiseries ! Je regarde l’ange qui se tourne les pouces derrière l’autre qui fait payer ma femme pour la galette. Elle me sourit mais ne bronche pas. Toujours mains jointes devant elle. Je me demande si les sous-vêtements sont assortis. Galette en mains nous sortons satisfaits de la boutique. Je déclare à ma femme que, malgré la distance, cela valait le détour.

L’église est située à quelques mètres de la boulangerie. Nous entrons. Jolie crèche de Noël. Nous prions quelques minutes en silence. Une femme joue de l’orgue. Ambiance garantie. Pourquoi ne pas visiter maintenant l’exposition sur le Père Bousquet, fondateur de l’église, dont Maria nous avait parlé ? Je valide. Cela me fera peut-être écrire quelque chose de sérieux sur la journée. Je cherche désespérément une pancarte pour m’y rendre. Rien. Je me renseigne auprès du concierge, seule personne présente dans les locaux aujourd’hui. Il m’apprend que l’exposition n’est pas encore ouverte au public. Qu’il faut demander un rendez-vous. Parfait. Je contacterai un responsable par mail. Ce sera l’occasion de me faire un informateur pour la suite de l’histoire. Shukugawa est décidément un terrain qui me plaît déjà.

Rémi Brun
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