Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 314

Travelling

Nous essayons de nous convaincre qu’au pire, nous aurons au moins navigué sur la Garonne de nuit et que cela peut suffire à notre bonheur. Nous luttons contre nos préjugés, mais nous avons toujours en mémoire Evento, ou comment un autre artiste italien a vendu fort cher du vent. Nous essayons de ne pas y penser. Le dispositif annoncé, un casque audio avec une play-list choisie par l’artiste nous laisse un peu sceptiques mais rien ne nous empêchera de l’enlever…

Arrivés à l’embarcadère, nous sommes vaguement déçus de constater que c’est à bord d’un Batcub que nous allons réaliser notre « croisière » nocturne. Sans avoir imaginé clairement le bateau qui allait nous emporter, celui-ci nous paraît un peu ordinaire. Mais bon, c’est vendredi soir, ce moment spécial du week-end, à la charnière d’un temps qui finit et d’un autre qui s’annonce.

A bonne vitesse, nous passons sous le pont d’Aquitaine, dépassons Lormont pour nous enfoncer en « eaux inconnues ». Nous passons au large du port de Bassens et la lumière s’éteint, signal pour mettre son casque, puis l’embarcation amorce un lent demi-tour, et s’approche des grues aux allures fantomatiques, des quais déserts, d’une ambiance industrielle peu familière. Le projecteur du bateau balaie la rive que nous frôlons et chacun s’enfonce, solitaire, dans cette atmosphère poétique. Personne ne bouge, ne bouscule, ne frôle, les regards ne se croisent pas, le dispositif fonctionne à merveille. En haut sur le quai, apparaissent trois personnages immobiles dont un, mystérieux, équipé d’ailes en plumes rouges. Un homme, une femme s’enlacent puis la femme se détache et s’éloigne, à pas lents, sur le quai désert. Plus loin, de nouvelles saynètes, tout aussi sobres, minimalistes et furtives animent cette insolite atmosphère dont nous sommes spectateurs mais aussi acteurs puisque nous lâchons prise, chacun pris dans une rêverie, des récits qui lui sont propres. Nous nous autorisons à penser que le seul scénario, c’est celui que nous fabriquons, car la belle offrande de l’artiste est peut-être là, ne pas nous contraindre à comprendre son récit unique, s’effacer modestement pour nous laisser jouir de l’expérience…

Quand nous accostons, dans un état second, nous avons envie de dire merci Massimo Furlan et merci au festival Chahuts pour la magie de ce beau moment…

DSCN1417

Colette Milhé

 

 

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