Eric Chauvier, Le revenant. Compte-rendu

 Paris, Allia, 2018. 74 p. 7,5 euros.

 

Quel vecteur permet de joindre le passé au présent, l’imaginé au constaté, la « recherche » à la fiction ? Le texte littéraire évidemment que Chauvier utilise pour franchir les frontières qui séparent les différents domaines énumérés. Nous savions ses capacités à explorer les limites de l’anthropologie, mais cette fois encore, il nous conduit encore plus loin.

Pour échapper aux contraintes de la preuve à laquelle il s’était scrupuleusement soumis dans ses travaux antérieurs, Chauvier verse dans la fiction. Mais pour rester dans le vraisemblable, fut-il imaginé, il utilise Baudelaire, la personne et les textes, passeports pour franchir les frontières. Non seulement il le fait revenir en premier lieu sous la forme d’une charogne, puis, en second lieu, le transcende en un monstre sanguinaire. Comment rendre acceptable cette fiction ? En décrivant les tribulations des personnages – les métamorphoses de Baudelaire – des êtres et des paysages rencontrés, au moyen des propres mots du poète, des citations de ses textes. Comme ces dernières accèdent à la description de chaque situation aussi invraisemblable soit-elle, elles attestent donc de la réalité décrite, ce qui rend crédibles les pires absurdités. A commencer par le retour de Baudelaire dans le Paris d’aujourd’hui, fiction devenue, d’un coup, acceptable.

Chauvier utilise leur force, les propos des locuteurs qui étaient déjà au centre de son précédent livre La petite ville, ou les écrits de Baudelaire ici. L’exploration de cette « intertextualité », l’inclusion dans les inédits de l’auteur de morceaux d’autre origine qui n’est pas le dialogisme de Bakhtine (comme on a parfois voulu nous faire croire), met en avant la question de la genèse de l’écrit, instrument privilégié de relations entre l’auteur et le lecteur.

Le sujet du livre devient évidemment ses héros, les métamorphoses de Baudelaire, mais surtout le Paris d’aujourd’hui dans ses pires expressions, la drogue (le crack), la prostitution, les assassinats. On pourra toujours dire qu’il ne s’agit que d’une morne banalité même si la criminalité – le nombre d’assassinats par habitant a beaucoup diminué depuis le 19ème siècle – et les transformations touchent davantage les apparences – opium/crack, indigènes/slaves – que les réalités de la ville. Mais la fiction permet aussi d’expulser l’irréversibilité du temps, pas les recherches.

  1. Traimond
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