LISON TOLOSANA, Carmelo, Demonios y exorcismo en los siglos de oro. Compte-rendu

   Madrid, Akal, 1974. (Une édition de poche a été publiée en 2004).

 

Lire 28 ans après sa publication le livre de Lison permet d’éprouver sa solidité et de l’inscrire dans l’histoire des sciences sociales.

Au premier abord, il se présente comme un livre d’histoire consacré à une question qui a suscité une vague d’études souvent de qualité, la sorcellerie, à une époque et un pays précis, les siècles d’or espagnols. Utilisant surtout, mais pas exclusivement, des sources imprimées, il accède au système de représentation d’une époque qui organise le regard porté sur le monde et le choix des moyens d’intervention. Nous avons là ce qu’Althabe désignait comme une « édification idéologique », « matrice imaginaire partagée par différents acteurs idéologiques ». Tous s’accordent sur une lecture du monde qui apparaît, deux siècles plus tard, absurde.

Mais outre son travail d’historien avec tout ce que cela suppose de travail de dépouillement, Lison se montre particulièrement original et fécond dans l’analyse des documents qu’il consulte. Non seulement, il s’inscrit dans l’exigeante tradition de l’histoire – distinction entre les sources de première et deuxième main, hiérarchisation des informations, pas d’affirmation sans preuve… – mais il s’intéresse également à la façon dont sont écrits les textes utilisés. Puis-je traduire quelques lignes ? « La structure anaphorique des textes n’autorise aucun doute: la régularité itérative dans la juxtaposition épistolaire excessivement évidente. Le champ lexical (conjurer, jurer, sorcellerie, silences et mensonges diaboliques, objets sacrés, rébellion, temps, etc.) réactive dans des séquences discursives la structure de présupposés et énoncés canonico-scolastiques traditionnels (secrets, mystères, pouvoir verbal, autorité hiérarchisée, saints, mère de Dieu, temporalité divine, entre autres). Le message est cohérent, s’ajuste au système commun, ne réclame aucun effort d’interprétation » (p. 176). Le « contenu de la forme » est ainsi pris en compte par l’examen du détail des procédés poétiques, ce qui donne au livre de Lison une dimension prémonitoire et ce depuis 28 ans.

Bernard Traimond

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