Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 234

Le  club des  noeuds papillons

Moi, Astrid, touriste allemande, de passage à Bordeaux,me suis levée de bon matin car j’aime sentir les vibrations des villes à leur réveil!  Les premières lueurs du jour montrent un ciel bien bas en ce premier dimanche d’avril.  Mais déjà, sur certaines places, une certaine effervescence s’installe. Des voitures stationnent n’importe où, les coffres sont grand ouverts, et il y a un va et vient de petites mains qui viennent décharger. Des badauds munis  de lampes torches inspectent le contenu des cartons, ils se bousculent, prêts à sauter sur la bonne affaire. A l’angle de la place, je m’arrête et m’amuse à regarder ce drôle de ballet. Est-ce un rituel bordelais tous les dimanches? Non, une affiche placardée sur un platane annonce, aujourd’hui,  le vide grenier annuel des Bordelais..

Dans la rue adjacente, tout est plus calme. Un homme, la cinquantaine, vêtu d’un costume gris passe devant moi d’un air décidé. Un petit nœud papillon enserrant le col de sa chemise lui donne un air désuet. Il dénote dans cette ambiance décontractée et  bruyante du vide grenier. C’est bien le seul en nœud papillon. Enfin, il faut croire que non… Notre homme, au loin aperçoit un autre compère, il le salue de la main. L’autre est dans le même camaïeu de gris avec le même nœud papillon. Ils se rejoignent au beau milieu de la chaussée prennent le temps d’une accolade, se disent deux mots et se dirigent côte à côte vers une imposante porte cochère en bois verni. Tout à leur retrouvaille ils ignorent le ballet de voitures bondées de vieilleries et des gens chargés comme des baudets qui tentent de se faufiler jusqu’à leurs emplacements. Nos deux hommes sonnent à la porte, elle s’ouvre comme par magie. Ils pénètrent en tenant la porte à trois hommes qui se sont mis à accourir.. Même tenue, même âge, même nœud papillon noir. .. Maintenant, une voiture s’arrête, stationne, dépose trois autres personnes nettement plus âgées à proximité de la fameuse porte. Le conducteur, au nœud papillon, part  garer sa guimbarde grise, elle aussi. Intriguée par ce drôle de manège, je reste au coin de la rue ….. Très vite, c’est par grappes de cinq qu’ils se retrouvent à carillonner à la lourde porte. .. avec toujours le même nœud papillon. Ils se font discrets, s’adressent un petit  sourire avant de se tenir la porte avec une grande courtoisie. Que des hommes …. tous au-delà de la quarantaine!

Puis, la rue redevient calme. Perplexe, je m’approche pour lire le nom sur la sonnette. Pas de nom … qu’une sonnette : un seul propriétaire… un pourtant important bâtiment…  En m’éloignant, j’entends un piéton, montrer la mystérieuse porte cochère et prévenir  son copain: «Regarde, c’est le repère des francs-maçons!»

Des maçons? Qui l’eut cru! La France se révèle toujours pleines de surprises….Francs, qui sait, peut- être mais définitivement pas la tête des maçons d’outre Rhin!

Virginie Perchais

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