Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 217

Pierre Molinier et ses poupées

-Regarde! me dit-elle, penchée à sa fenêtre. C’est Molinier qui passe.

On est chez elle rue des Menuts au début des années 1970. C’est ma collègue de travail et nous faisons les mêmes études à la Faculté. Elle peint aussi de grands portraits couronnés de fleurs à la Leonor Fini qu’elle expose et qu’elle vend cher.

Elle ressemble à une poupée de porcelaine avec sa peau claire et ses yeux bleus, son maquillage sophistiqué. Elle est blonde mais teint ses grands cheveux en noir corbeau. Elle ne s’habille qu’en blanc et noir à une époque où personne ne le fait. Aux puces de Saint- Michel elle déniche des fringues improbables qu’elle arrange et qu’elle porte avec un étrange brio. Un jour, la voilà avec une robe de Paquin toute perlée. Elle ose tout. Elle sait que plus tard elle sera châtelaine dans les vignes et elle l’est devenue. Elle n’a peur de rien.

-Il veut que j’aille chez lui poser, faire des photos, il insiste mais je n’y vais pas. Il est génial mais non, …

Elle n’a peur de rien mais elle a peur de devenir la poupée vivante de Pierre Molinier.

14 novembre 2016, à 19 heures, à Paris, à Drouot, on vend aux enchères la grande Poupée de plâtre de Pierre Molinier. On vend sa poupée fétiche et tout le fatras qui servait à ses photomontages érotiques, on disperse aussi ses oeuvres, collages, peintures, autoportraits, dessins, tout s’arrache au double de l’estimation haute, plusieurs milliers d’euros souvent à chaque lot. Une fortune à la fin. Quel hommage. Sic transit gloria mundi.

Ainsi passait le vieil homme frêle de la rue des Faussets. Talentueux et libre, surréaliste, génial précurseur du body-art, annonciateur de l’art du futur millénaire. Pauvre, seul, évité, incompris, craint. Mais atteignant des sommets avec sa Poupée.

Thérèse Marsan

http://catalogue.drouot.com/uploads/drouotpresse/uploads/File/201607/COMMUNIQUEDEPRESSE-ARCHIVESMOLINIER-HD.pdf 

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