Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 141

Con-férences

Une affiche dans la vitrine d’une librairie, consultation du programme sur internet, quelques regrets pour les animations alléchantes du matin : trop tard…
Il est artiste et n’a jamais fait de conférence. S’en excuse déjà, à raison mais ça, on ne le sait pas encore. Il projette une diapo montrant une de ses affiches puis ne projette plus rien… Bébel, c’est le monde de mon enfance… Tout mon travail c’est le monde de mon enfance… Ma famille ne m’a pas influencé. A Bordeaux, il n’y a pas beaucoup de galeristes professionnels, non subventionnés. Je suis allé à Paris, j’ai rencontré des galeristes, des vrais, qui prennent des risques… Aux jeunes je leur dis d’aller à Paris, il y a de vrais galeristes. A Bordeaux, je ne décolle pas d’affiches, je les collecte lors de mes voyages. C’est un vrai travail de recherche. L’artiste souffre car il recherche. Ce n’est pas une partie de plaisir de faire 3500 km en camion pour aller décoller des affiches en Allemagne. Je vais à des foires à Paris. Je rencontre des galeristes et des artistes lors des foires à Paris. Il faut rencontrer des galeristes parisiens parce qu’ils prennent de vrais risques pour montrer votre travail. L’important, c’est de me faire plaisir. A Bordeaux, les gens sont timides. A Paris, l’art est populaire. A Bordeaux, les gens n’osent pas entrer dans votre atelier, même si la porte est ouverte et qu’il y a de la musique. A Paris, il y a 30000 personnes qui passent lors d’une foire… L’important, c’est de me faire plaisir. J’ai remarqué qu’avec la crise et l’hiver, ma toile noire et blanche ne s’est pas vendue. Maintenant je fais dans la couleur flashie. L’important, c’est de me faire plaisir… Les galeristes veulent du petit format, moi j’aime le grand. Ce compte-rendu peut sembler caricatural. Pas tant que ça, l’important, c’est de me faire plaisir moi aussi…
La maîtresse de cérémonie met fin brutalement à ses – à nos – souffrances. Dans le public, une femme a changé quatre fois de place. Elle sourit puis dit bonjour à chaque nouvel entrant, lui donnant l’impression de vaguement la connaître sans pouvoir la « remettre ». Surprise ! Elle est la conférencière suivante, présidente de l’association organisatrice et architecte coloriste. Le titre qui m’a attirée ici était « écriture urbaine ». Elle plonge dans son power-point qu’elle lit scrupuleusement. Cela commence par une définition ridicule de l’écriture. Puis, agrémenté de photos : il y a les écritures au sol, il y a les écritures néons (horaires du tram), il y a la publicité, il y a les écritures dans les vitrines (photo d’une vitrine de librairie), il y a les panneaux de signalisation, il y a les tags et les graffiti, il y a… Elle égrène son catalogue avant de conclure joliment par une formule comme : « j’espère que cette introduction vous a fait prendre conscience qu’il y a de l’écriture partout en ville ». La maîtresse de cérémonie brutale décrète qu’il n’y aura pas de questions. Quatre femmes se lèvent précipitamment pour fuir l’absence d’idées tandis qu’elle convoque le journaliste qui doit animer la table ronde.
– Vous n’assistez pas à la table ronde?
– Non.
Formule de politesse minimaliste…
Colette Milhé

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