Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 96

L’auto stop des temps modernes

Changement de programme de dernier moment. Envie de partir au plus vite de Bordeaux. Comment faire ? Le train, certes mais les tarifs en ces débuts de vacances de Pâques sont prohibitifs pour ceux qui se décident encore au dernier moment. Une amie m’a parlé d’un site qui permet d’acheter des billets de « seconde main » mais néanmoins pas utilisés. Je teste. Je ne risque rien, tout est légal ! Malheureusement pas de billet moins chers pour cette date mais par contre des propositions pour d’autres solutions avec leurs différents tarifs. Un co voiturage se révèle la solution la moins onéreuse. Je peux aller de Bordeaux à Biarritz pour moins de la moitié du prix de la SNCF. Alléchant, vraiment ! Je clique, me retrouve sur un site qui me propose deux pages d’annonces de covoiturage à toutes les heures de la journée à des tarifs similaires. J’en repère un au bon horaire, bon lieu, bon prix. Je clique, le chauffeur s’appelle Christian il a 39 ans et a 5 étoiles sur les avis…
Première lecture de sa proposition : 3 places pour aller de Bordeaux « Grand Théâtre » à Biarritz gare avec un départ à 19h.Le véhicule : une Peugeot 207 blanche. J’hésite encore… Oserais-je à mon âge ? Clic décisif, mot de passe adresse- mail, déclinaison de mon profil standard (nom, âge … ils sont bien curieux sur ce site…) et enfin paiement par cb avec commission supplémentaire pour le site (néanmoins toujours très intéressant et finalement ce paiement anticipé mais payable en fin de parcours grâce à un code au conducteur me parait une solution idéale pour une néophyte.)
Christian est à l’heure comme un jeune homme brun d’une petite trentaine d’années, Christophe et une jeune fille aux grands yeux bleus d’une vingtaine d’années, Emilie. Rapides présentations. Christian la quarantaine, le crâne rasé avec une casquette sportive sur la tête, un polo noir et un jean, tâche de faire rentrer la valise d’Emilie dans le coffre. Il propose fermement à Christophe de s’installer à l’avant avec sa valise entre les jambes et aux deux femmes de prendre place à l’arrière. Première règle pour un covoiturage réussi tout le monde se tutoie… Très à l’aise Christian démarre la conversation sur du pratique ; les aléas de la circulation pour aller à Biarritz et réalisant grâce à Emilie que c’est le début des vacances scolaires craint que son pronostic d’arrivée soit faux. La rocade nous donnera le ton, affirme- t- il. La rocade est fluide … ouf ! Il est temps des faire plus ample connaissance. Les origines d’abord dans l’habitacle ; une d’Anglet , un de Bayonne , lui de St Jean de Luz, une Parisienne devenue bordelaise et Biarrote…personne n’est parfait mais une majorité du pays tant mieux …puis, sujet sportif avec le match de rugby du lendemain. C’est Christophe qui est l’interlocuteur privilégié de notre chauffeur sur le sujet… pas de répondant car monsieur ne pratique que les arts martiaux et cela depuis peu… mais monsieur est informaticien de son état et pour Christian cela compense son manque d’appétit au sport local. Emilie est un peu épargnée par son questionnaire en règle car elle n’est qu’étudiante en 1ère année de prothésiste dentaire. Quant à l’institutrice, elle est pour notre conducteur forcément une révolutionnaire. La preuve ; elle ne voit pas Alain Juppé comme un fringant futur président de la République. Emilie parle doucement que lorsqu’on la sollicite… Christian a des sujets pour tous les vides éventuels de la conversation. Entre autre l’avantage du covoiturage, le récit de ses premières expériences… Il s’est décidé à utiliser ce moyen d’abord pour des raisons financières et aussi pour faire passer le temps (y’a pas à dire …quand on est sur l’autoroute de Pau, les paysages du Béarn c’est vraiment mortel… autant que les Béarnais… à l’aller j’ai covoituré mais pas au retour et ce fut interminable) et puis cela permet de s’ouvrir sur les autres, non ? Christophe a fait pendant 4 ans le trajet toutes les semaines avec ses cousins et la conduite il en a assez, il aime se faire conduire maintenant. Les parents d’Emilie ne sont pas très pour qu’elle utilise le covoiturage… elle est jeune… et des rumeurs d’un chauffeur indélicat ayant débarqué une jeune fille pas en accord avec ses idées, ne les rassurent pas. Ils préféreraient presque payer le tarif plein de la SNCF. Quant à la sénior, ils ne sont pas étonnés que ce soit son baptême. Christian en profite pour m’indiquer comment faire pour lui transférer le code de paiement du site. Il en a reçu un qui doit correspondre à celui transféré. Moi, qui avais envisagé lui dicter mon code… il faut vite que je me recycle… Chacun sur son portable s’exécute plus ou moins rapidement !
Christian est ravi de covoiturer avec un informaticien (c’est-à-dire quelqu’un qui a des neurones qui fonctionnent bien … précise-t-il… Non, juste un habitué des moyens de communication indispensables pour tout un chacun de nos jours … rectifie Christophe.)
Qu’importe, Christian aurait bien besoin, si cela ne le dérange pas bien sûr, que :
• Christophe lui règle son horloge encore à l’heure d’hiver, ce qui l’agace beaucoup,
• lui fasse un tableau comparatif des avantages respectifs du matériel Mac ou Pc, s’il pouvait lui donner le nom du matériel miracle ce serait encore mieux…
• et enfin arrivés à Biarritz il lui a demandé s’il accepterait qu’il vienne le voir à son bureau pour des bugs éventuels à venir…
Sur tous ces sujets techniques, la gente féminine, est sortie de sa sphère de communication. Mais la timidité d’Emilie amuse le quadra… il pense lui faire peur en la menaçant de la laisser sur une aire d’autoroute. Il en rajoute … sur jouant son rôle à chaque aire d’autoroute. Emilie stoïque sourit par politesse mais revient à ses sms avec une dextérité digne de tout jeune pour qui ces engins de communication sont une sorte de prolongement des mains.
A 20h57, Christian fièrement se gare à la gare de Biarritz tout comme il avait dit… la ponctualité est aussi son fort comme vous pouvez le noter. On se quitte avec une dernière blague sur la météo qui s’annonce mauvaise pour le week-end mais qu’importe au Pays basque on est toujours bien…
La 207 repart sur sa lancée laissant les trois passagers à chaque bout du trottoir, chacun sur son portable afin de régler la fin de son trajet.
Il ne nous restait plus qu’à mettre une étoile de plus à Christian pour qu’il devienne bientôt ambassadeur, grade ultime des appréciations positives pour les conducteurs sur le site de co voiturage.

Virginie Perchais

 

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