Chroniques de l’ordinaire bordelais – Episode 88

Ragondins

Ils sont devenus un atout touristique inattendu, bien éloigné des critères de l’UNESCO. Nous sommes nombreux à venir les observer très régulièrement, à toutes heures, même quand la nuit est tombée. Les touristes fraîchement débarqués des bateaux de croisière se précipitent aussi, appareils photos en bandoulière, aux abords de la maison éco-citoyenne. Sont-ils signalés dans les guides ?

On amène les enfants, les adultes sont cependant plus nombreux. Les cyclistes s’arrêtent également. Qu’est-ce qui suscite cette curiosité ? Pourquoi n’est-elle pas satisfaite par une unique visite ? Pourquoi ce besoin incessant de revenir, photographier, contempler, nourrir ? Sans doute nous semblent-ils plus sauvages et exotiques que les canards et autres volatiles du jardin public ou parc bordelais. Ils s’installent à leur guise, se reproduisent sans cesse et participent à leur manière à cette volonté de réhabiliter le fleuve vivant, au cœur de la ville. Cette vie sauvage possible et observable a quelque chose d’à la fois rassurant et fascinant. Même notre répugnance pour les rats qui les entourent diminue.

En peu de temps, nous nous sommes attachés à nos ragondins et malheur à celui qui vient rappeler, au détour d’une conversation, ce qui est probablement vrai : l’ampleur des dégâts qu’ils opèrent sur les rives. Nous ne voulons/pouvons l’entendre, c’est sans importance.

Cette promiscuité reste cependant « sécurisée » par les barrières qu’ils ne franchissent pas. Nous non plus. Elle devient toutefois insupportable à quelques encablures de là, comme le relate le journal Sud-Ouest dans un article non dépourvu d’ironie. Le ragondin est considéré nuisible, dangereux et étranger : on se souvient là qu’il vient d’Amérique (comme le maïs, la tomate et l’ordinateur…)

Le résident qui se risque à le nourrir (comme nous non loin de là) s’expose à la vindicte de ses voisins d’autant plus qu’il pêche aussi dans l’éco-quartier. Au fait, il n’y a presque plus de pêcheurs sur les quais depuis leur ré-aménagement…

Colette Milhé

 

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