Chroniques de l’ordinaire bordelais – Episode 78

Guichet

Un courrier m’informe que ma carte d’identité est prête. A l’accueil on me délivre un ticket : numéro 027. Dans le vaste hall, une quinzaine de personnes patientent, sagement assises sur les canapés gris. Sur la droite, trois guichets affichent des numéros dans les 500. En face, trois autres indiquent  717,718,719.

A l’extrême gauche, contre le mur : 026. Je me dis que c’est le guichet où on délivre sans attente les papiers d’identité. Je ne suis pas mécontente que cette organisation m’autorise à passer avant les 15 autres de manière toute  légitime.

J’hésite mais devant l’imminence de mon passage décide de rester debout ; alors que l’usager 026 s’apprête à se lever, je me place dans l’axe du bureau, restant à bonne distance. L’employé me dévisage. Regard courroucé, interrogateur, réprobateur, de défi ? Impossible de savoir. Je sens que je n’ai pas fait ce qu’il faut. Je regarde machinalement la date de fin de validité de mon ancienne carte : 6 novembre 2010, 3 ans et deux semaines et me voici soudainement impatiente.

Après quelques secondes de ce qui doit être de la réflexion, l’employé fait retentir le bing du numéro suivant. J’amorce un pas qu’interloquée j’interromps : 025 ! Une femme s’approche. Se peut-il que le compte se fasse à rebours et reprenne à 027 ? Je me rassure en me disant que le 025 avait un document à compléter à l’écart. Le 025 est bref. J’attends. L’employé se lève, une grosse chemise à carreaux moule sa bedaine. Lentement, il se déplace vers un ordinateur, s’assoit, soulève une liasse de quelques documents, tape lascivement sur quelques touches, discute avec une collègue à propos de la panne d’une machine quelconque, avec une autre qui s’agace du plantage de son ordinateur, consécutif à une mise à jour. L’homme sort maintenant une cigarette et disparaît dans le bureau de derrière.

Je me demande déjà comment je vais me comporter : politesse, indifférence, froideur, impatience… Il revient enfin. S’installe. Je suis prête. Bing ! 752 !!!!!! Je ne comprends plus rien. Je redeviens une banale citoyenne qui va attendre son tour. Autour de moi, les gens patientent, résignés. Deux ou trois se succèdent aux guichets des 700. Tout à coup, l’un d’eux, après un bing caractéristique me surprend : 027 ! Je me précipite, en décalage total avec la lenteur ambiante… La formalité ne prend qu’une minute.

La logique d’une organisation administrative est-elle compréhensible pour qui ne vient là que tous les dix – voire treize – ans ?

Colette Milhé

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