La polycontrainte

Gregory Bateson a introduit la notion de double contrainte (double bind) ou « injonction paradoxale » qui consiste à donner dans la même exigence des objectifs contradictoires, ce qui interdit d’accéder aux objectifs recherchés : c’est un des moyens – parmi d’autres – -de rendre les personnes folles.

Depuis nous somme passés à la « polycontrainte » qui, j’imagine, réduit la durée nécessaire à rendre fou. Je vais prendre un exemple dont je serai heureusement débarrassé dans quelques jours, les soutenances de thèses.

Quand, il y a plus de trente ans, j’ai soutenu ma thèse de troisième cycle, il existait déjà le délai de 3 ans allongé à 4 pour les salariés. Il fallait déposer la thèse avant le 31 décembre mais on pouvait la soutenir après, ce que j’ai fait.

Aujourd’hui, la soutenance doit se dérouler avant le 1er janvier. A cette contrainte est jointe une autre, contradictoire, il faut que les jurys soient proposés 8 semaines avant la soutenance, ce qui impose que la rédaction de la thèse soit terminée à la mi-octobre.

Contrainte 3 : Comme tous les collègues sont mobilisés par les jurys en décembre, il devient de plus en plus difficile d’en trouver de disponibles.

Contrainte 4 : Réunir un jury sérieux réclame un long travail de réflexions, de consultations, de maturation… processus désormais interdit.

Contrainte 5 : Comme les soutenances ont lieu le plus tard possible, les services comptables ferment et ne remboursent plus les voyages si les documents n’arrivent pas dans leurs délais.

Pour résumer, les doctorants terminent leur thèse avant la fin décembre mais trop tard pour qu’un jury puisse être constitué que de toute façon il ne sera pas possible de trouver, ni même de faire venir. Faites avec ça.

Nous sommes loin de la « double-contrainte » pour tomber dans la polycontrainte. Il devient alors nécessaire de s’interroger sur les causes de ces délires. En fait, chaque service impose ses propres normes en ignorant superbement les conditions réelles de l’élaboration et de la soutenance de thèse dont il ne sait rien car ce n’est pas sa tâche. Mais cela ne l’empêche quand même pas de poser ses contraintes ce qui a pour résultat de rendre irréalisables les objectifs pour lesquels chacun prétend travailler.

Depuis longtemps cette situation qui n’est pas nouvelle a un nom, la bureaucratie qui décide sans rien savoir des pratiques qu’elle affirme organiser.

B. Traimond

Advertisements

A propos antropologiabordeaux

Association loi 1901
Galerie | Cet article, publié dans Guit ligat, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s