Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 73

Le Tour du monde, Place des Capucins, Bordeaux

Les zones géographiques dans une ville se découpent selon des frontières invisibles mais néanmoins aussi efficaces qu’une barrière visible à l’œil nu. Des indices imperceptibles en tracent cependant les limites et nous les respectons, parfois à notre insu. Place des Capucins, à Bordeaux, sur quelques centaines de mètres carrés, nous pouvons faire le tour du monde, selon les 4 points cardinaux.

Au centre, le marché couvert. Il ouvre à 6 heures du matin, tous les jours sauf le lundi, 5h30 le week end. En extérieur, « les charrettes » sont tenues par des marchands de quatre saisons, hauts en couleurs, dont le placement est tiré au sort tous les jeudis. Ils ont sur leur étal, des invendus à moindre coût, du marché en gros de Brienne.

Au nord, côté Saint Michel, se trouvent la bibliothèque et la boucherie de viande hallal, El Bahia, dont les prix défient toute concurrence. « Pensez à commander votre mouton pour l’Aïd el-Kebir » était-il écrit sur un carton jaune collé en vitrine, les jours précédents la fête.

On traverse la rue. « Bientôt un restaurant Thaï » annonce une affichette sur une vitre dépolie. A côté, nous voici, chez Adana kebab, dont l’enseigne m’a toujours tellement impressionnée : sur fond noir, une fourchette tient entre ses dents un énorme piment rouge fumant. Le marchand turc est très fier. Il a eu un article dans le journal Sud Ouest sur ses kebabs à la feta et surtout à propos du sous sol, une ancienne salle de coffres de banque, gardée telle quelle. L’article sur papier jauni est affiché à côté du comptoir. Son voisin, est libanais. Il tient le restaurant Adonis. Ses terrasses sont toujours pleines le week end.

Nous atteignons l’ouest, le bout du monde, l’Oubangui. « Un restaurant, Place des Capucins, a le nom d’un grand fleuve de mon pays » m’a expliqué une petite fille alors que je l’aidais à faire un exposé sur son pays d’origine le Centrafrique. Le magasin Africa fashion« Le style afro d’excellence » expose en devanture des robes et des tissus africains.  L’Afrique noire continue un peu plus haut, au début de la rue Elie Gintrac, avec une vitrine entière de perruques de toutes sortes et plusieurs commerces d’alimentation spécifiques. Elle s’arrête au restaurant vietnamien « Thanh Binh » et juste après chilien, « Le latino-américain ».

On parvient enfin côté sud, un espace ouvert sur le Cours de la Marne, embouteillée. Les voitures au feu, klaxonnent régulièrement les véhicules garés anarchiquement et gênant la circulation. Le « Fournil des Capucins », la boulangerie ouverte tôt le matin jusque très tard dans la nuit a deux entrées, une sur la Place et une sur le Cours. La pharmacie voisine est ouverte 24h/24h et sa croix verte, allumée jour et nuit, bienveillante, est comme la lumière d’un phare sur l’océan du bitume.

On traverse à ses risques et périls le passage piétons et on atteint le côté est. Je passe devant le Resto U, le Marché U, le Commissariat. L’est c’est le domaine des sans abris, des alcooliques, des laissés pour compte. Des jeunes font régulièrement la manche avec leurs chiens à la sortie du supermarché. En face, les plus vieux, une cannette de bière ou une bouteille de vin en plastique à la main, picolent et discutent en cercle, certains assis sur des vieux cartons, d’autres debout. Le soir tombe, le nord est éteint ses lumières et ferment les stores. Cela commence par la bibliothèque à 18h, le commissariat à 18h30, le supermarché à 20h, la boucherie vers 21h. Les sans abris sont partis et laissent un espace vide sauf un ou deux qui dorment sous un logement de fortune. L’ouest se réveille. Les clameurs des bars de la Place de La Victoire s’entendent au loin. L’Oubangui n’ouvre que le soir et plus la nuit avance, plus la fête bat son plein. Les habitués, se retrouvent et palabrent dans la rue. Ils n’iront pas vers l’est. C’est le côté du soleil levant et l’ouest celui du soleil couchant.

Marie Braux

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