Francis Huxley, Aimables sauvages. Compte-rendu.

Plon, Terre humaine, 1960.

            aimables Je n’avais pas lu ce livre publié en 1956 (un an après Tristes Tropiques) consacré aux Urubu réputés descendre des fameux Tupinamba. Il a suscité chez moi un malaise pour deux raisons. La première pose le livre comme le modèle au sens lévistraussien, c’est à dire la matrice des ouvrages que j’ai tant aimés qui lui ont succédé de Jaulin à Clastres. Il pose les objets, le point de vue et la poétique d’une certaine anthropologie de la deuxième moitié du XXème siècle. La seconde raison résulte de la façon de regarder les Amérindiens, de ne leur donner la parole que sur certains thèmes – ceux-là mêmes définis par Lafitau à la fin du XVIIème siècle – pour qu’ils justifient leur bizarrerie. Chacun a le rang du Persan ou du Huron des Lumières mais à l’envers : comme ils sont comme nous des êtres humains, c’est à eux à expliquer leurs différences. Ils n’ont le droit de parler que par rapport à nous pour illustrer notre grand cœur, notre relativisme, notre générosité, notre ouverture.

Pourquoi ce livre apparaît-il d’un coup aussi anachronique ? C’est qu’il descend directement des « Lumières », quand le discours savant, celui qui décrit la réalité, correspond au discours politique qui lui, veut améliorer la situation. Présenter l’anthropophagie permet de combattre le racisme par relativisme interposé. Aujourd’hui, il y a une absolue rupture entre les deux aspects. Décrire la réalité permet surtout de dénoncer (implicitement) ceux qui l’ignorent ou surtout la cache, mais l’intervention appartient au lecteur et/ou au militant, non à l’enquêteur.

Que faisons-nous aujourd’hui ? Nous écoutons nos interlocuteurs pour arriver à percevoir leurs points de vue, leurs manières de voir, leurs manières d’agir, leurs façons de parler et de rendre compte de leurs pratiques. En cinquante ans l’anthropologie a beaucoup changé (même s’il reste beaucoup d’ « anachroniques ») mais je ne l’avais jamais perçu avec une telle évidence.

Bernard Traimond

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Un commentaire pour Francis Huxley, Aimables sauvages. Compte-rendu.

  1. Arnaud Rebourg dit :

    Commentaire à propos du commentaire de B. Traimond : écouter l’autre commence peut-être par écouter, analyser et comprendre la représentation que nous-même nous avons de l’autre. Dans l’oubli de cette dimension, l’mage de l’autre risque de rester une bonne intention. Or, il semble bien que ce chemin ne soit pas encore vraiment emprunté.

    Arnaud

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