Prendre le temps

Jean-Christian Cottu est photographe. Il souhaiterait maintenant collaborer avec des anthropologues pour son prochain voyage.
Quels sont vos thèmes de prédilection?
J’aime photographier les gens plus que les paysages parce que le portrait dégage vraiment quelque chose, il permet de réaliser des images parfois très émouvantes. On croise en voyage des visages extraordinaires.
Pour mes photos j’aime créer des mises en scène à la manière d’un tournage de cinéma. Je cherche un sujet, un décor voire même des accessoires, j’observe la lumière pour déterminer l’heure à laquelle aura lieu la prise de vue : lumière du matin ou lumière du soir.
Avant chaque prise de vue je prends le temps de faire connaissance avec mon modèle, noter son nom et ses coordonnées, parler de mon travail, préciser que je suis professionnel, que le résultat peut générer un profit et par conséquent ne jamais refuser un accord financier. Certains modèles peuvent m’accorder jusqu’à 1h de leur temps.
Comment les gens réagissent quand vous leur demandez de les photographier ?
Quand on prend le temps de leur expliquer ce qu’on veut faire, la réaction est toujours très positive. Parfois les gens peuvent régir de manière assez hostile à l’image parce qu’il y a beaucoup de photographes qui ne respectent rien.
Comment choisissez-vous les destinations de vos voyages ?
Jusqu’à présent par le fruit du hasard. Les idées me viennent en écoutant de la musique, en parcourant la presse, au détour d’une conversation ou simplement sur un coup de tête.
Aujourd’hui, je voudrais procéder différemment et préparer mes voyages à l’avance car la logistique est beaucoup plus importante.
Je travaille avec un studio photo mobile composé d’un fond noir, d’un flash relié à un petit générateur pour un maximum d’autonomie, d’une boite à lumière et d’un appareil photo moyen format numérique qui offre des images de très haute définition.
Cette technique oblige à travailler lentement car à chaque déclenchement il se passe plusieurs secondes avant que l’image n’apparaisse sur l’écran de contrôle. Il faut être patient et ne négliger aucun détail.
C’est amusant parce que c’est un dispositif qui ressemble à celui du XIXème siècle.
Oui c’est vrai, je travaille un peu dans cet esprit. Quand il fallait faire des photos sur des plaques de verre, ça demandait effectivement du temps. Aujourd’hui avec le numérique les gens travaillent de plus en plus vite, ils peuvent enregistrer des centaines d’images en quelques minutes, on ne prend plus le temps de penser au cadrage, de penser à la lumière. L’image se consomme et se jette.
Pouvez-vous nous parler d’une de vos photos en particulier ?
Elle a été faite en Inde dans la ville sainte de Pushkar. Comme à Bénarès, les pèlerins descendent des marches pour se purifier dans les eaux sacrées du lac.
C’est ici que j’ai rencontré le sadhu Malay Chakraborty. Cet homme vit au pied d’un arbre sous un abri de fortune au bord du lac. J’ai installé mon matériel, mis en place l’éclairage et j’ai réalisé plusieurs photos.
En arrière plan le soleil se couchait sur la ville quand un vol de pigeons a survolé les eaux du lac. J’ai appuyé rapidement sur le déclencheur en me disant « si la mise au point est bonne ce sera une bonne image ». En fait j’ai eu beaucoup de chance de faire cette image.
Comment décririez-vous vos photos ?
Elles traduisent un peu mon émotion quand je les ai réalisées, c’est en tout cas sur ce critère que je fais ma sélection finale.
Si les gens ressentent cette émotion c’est gagné. Il faut faire preuve d’une grande humilité avec la photographie, une bonne image c’est 50% de technique et 50% de chance. Robert Doisneau en était convaincu.
Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à l’anthropologie ?
Grâce au livre «Visages de la dignité» du photographe Günter Pfannmüller et  de l’ethnologue Wilhelm Klein. Ils sont partis sur plusieurs continents pour réaliser des portraits à l’intérieur d’une immense toile de tente qui faisait office de studio photo. L’idée était de retirer les personnages de leur environnement naturel pour que notre attention se concentre sur ces derniers.
La préface de ce livre est de Wade Davis un anthropologue canadien. Le résultat de ce projet est vraiment extraordinaire et a changé ma façon de réaliser des images.
Travailler avec un anthropologue c’est avoir une étude solide sur un sujet et offrir à mes images une histoire. Le résultat peut être extrêmement intéressant.
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