Le « as if » management. Regard sur le mal-être au travail. Michel Feynie. Compte –rendu.

Lormont, Le bord de l’eau, 2012, 219 p.

En lisant le livre de Michel Feynie apparaît en arrière-fond le fantasme (le spectre ?) d’une entreprise idéale, produit de la rencontre  de  la machine (de son fonctionnement) et du modèle mathématique. Au fond, l’humain n’est que le maillon faible de l’édifice, un reliquat négligeable avec lequel il faut bien composer…

Dans un premier temps, l’anthropologue décortique ce qu’il appelle le discours institutionnel à partir d’observations directes ou de l’analyse d’un corpus de journaux d’entreprises. Il met en avant  l’uniformisation et la convergence de la rhétorique managériale  d’une entreprise à l’autre, qu’elle soit publique ou privée  et le rôle joué par les consultants et les services de communication internes.

Les « ennemis » de l’entreprise semblent être l’immobilisme, la routine et l’inefficacité des salariés, ce que tend à montrer l’analyse des pratiques quotidiennes du management qui met aussi en exergue les contradictions comme la valorisation de l’autonomie et l’empêchement par l’application rigoureuse de méthodes et procédures ou  la mise en place d’objectifs impossibles à atteindre, le développement des procédures de contrôle qui masquent si mal la suspicion sous-jacente…

L’encadrement strict des pratiques professionnelles par l’application à la lettre de méthodes apparentées à des recettes miracles mais qui changent fréquemment, la multiplication des procédures d’accompagnement et d’évaluation (et de ses critères), l’obligation croissante de rendre des comptes de manière précise (renseigner des tableaux quotidiennement…), l’individualisation des carrières qui cassent les solidarités et les mouvements collectifs… génèrent un mal-être au travail que définit et analyse finement Michel Feynie. Utilisant les outils de l’anthropologue : enquête prolongée, entretiens, observations, il s’appuie aussi sur son expérience personnelle de salarié pour nous conduire au cœur de l’entreprise et du management. Son statut de chercheur indépendant – il n’est pas consultant ou expert dans un cabinet – sert  la qualité de son travail, dépourvu de « langue de bois ».

Dans une dernière partie, il s’intéresse aux conséquences du « as if » management, « le management qui fait comme si tout allait bien, qui ignore les problèmes. » Il expose notamment les différentes stratégies des managers, de l’intégrisme (application stricte) au « faire semblant » pour assouplir les procédures,  à la fuite pure et simple. Cependant, le livre s’achève sur un triste constat, les dirigeants ne veulent pas remettre en cause un fonctionnement qui génère pourtant du mal-être. Selon l’auteur, les mesures mises en place ponctuellement lors de crises plus aigues : suicides de salariés… n’attaquent jamais les causes profondes et sont inefficaces.

En conclusion, Michel Feynie, tout en rappelant que ce n’est pas le rôle d’un anthropologue de proposer des solutions, avance toutefois quelques pistes pour  les salariés pour prendre de la distance et se protéger. Il propose d’ailleurs des ateliers pour mener cette réflexion.

Colette Milhé

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