Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 56

Les cartes du destin

 

Certains collectionnent des hiboux ou des vis et des boulons, moi je garde précieusement les cartes à jouer. Il y a quelques années, j’ai vu au ciné-club, le film « Le rayon vert » d’Eric Rohmer. L’héroïne du film, Marie Rivière, alias Delphine, trouve régulièrement sur le sol, des cartes à jouer, qu’elle interprète comme autant de signes du destin. Il se trouve, que moi aussi, peu après, je me suis mise à trouver des cartes à jouer. Je les ramasse invariablement : 6 de trèfle, 4 de cœur, dame de carreau. J’ai même trouvé l’année passée, la carte XXI du jeu de tarot. C’est le clou de ma collection. Un couple, genre seventies hippies, est représenté sur le verso, avec les attributs qui correspondent à la carte : le taureau, le lion, l’aigle et l’ange. Au verso, on peut lire :

« Le Monde est le vingt-et-unième et dernier arcade du tarot du Marseille. Le Monde est le but du tarot, c’est l’accomplissement total. Un accomplissement où l’homme a réalisé l’unité de l’animus et de l’anima. Le Monde évoque la conscience cosmique, la plénitude et l’extase. » Puis, en dessous, il est écrit de façon manuscrite : « Les cartes prédisaient une belle union…nous n’avons pas lu le dégât des eaux ! Cette nouvelle carte annonce un heureux avenir. Nous vous remercions pour votre présence et votre générosité et en profitons pour vous souhaiter une très bonne année 2012. Philip et Judith. »

J’ai tout de suite dit à ma jeune collègue hilare : « Cette fois-ci, c’est un signe du destin. Il va m’arriver quelque chose d’extraordinaire. » L’année a poursuivi son cours, dans l’ordinaire des jours avec ses hauts et ses bas. Il y a bien eu un dégât des eaux à la bibliothèque dans laquelle je travaille mais il est vrai qu’il y en a chaque année. Grave question ethnographique : est-ce à dire que je ne perçois dans ce que j’observe autour de moi que ce que j’y cherche ? Comment interpréter les données que j’ai collectées ? En fait, j’ai une explication très personnelle. Dans ce fameux film, Marie Rivière, cherche à voir le rayon vert, qui d’après le roman de Jules Verne, si on l’aperçoit permet de « lire dans ses propres sentiments, et dans les sentiments des autres ». Je n’ai jamais réussi à voir le rayon vert c’est sûrement la raison pour laquelle je ne sais pas interpréter les cartes que j’ai trouvées sur le sol.

Marie Braux

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Un commentaire pour Chroniques de l’ordinaire bordelais. Épisode 56

  1. DIGEON Monique dit :

    Chère Marie. J’ai beaucoup aimé ton texte et la réflexion qui me vient est celle-ci :Faut il interpréter l’objet trouvé où la sensation que nous procure la trouvaille ?

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