Chroniques de l’ordinaire bordelais – Episode 54

Pourquoi parlent-elles si fort ?

Retour de week-end, le tram venant de la gare est bondé. Elles sont deux, adolescentes. La première, en montant, scande bien fort : « Ça sent le mort ici ! » La seconde ne réagissant pas, elle répète, haussant encore le ton: « Hein ? Tu trouves pas que ça sent le mort ici ? » La réprobation muette n’empêche pas quelques passagers d’échanger de brefs sourires amusés, complicité éphémère vite éclipsée par des regards qui se dérobent. La menace de fou-rire est perçue comme un risque de provocation à l’issue incertaine.

La seconde, sans retenue, annonce à la rame entière : « Je vais chez l’assistante sociale demain ! » Nouveaux sourires furtifs, comme si elle confirmait ce que tout le monde avait pressenti dès leur entrée. Elles évoquent une rencontre prochaine. La première ne peut pas sortir de la semaine, elle est dans le centre X. La seconde promet une visite. « Sur la tête de ta mère ? » Pleine de conviction, la seconde réplique : « Sur la tombe de mon père ! » Nous ne saurons jamais s’il s’agit d’une formule singulière ou d’un nouvel appendice d’une formule déjà peu heureuse.

Elle descend à l’arrêt suivant, laissant sa copine dans un silence insolite, dont en tout cas nous ne la pensions pas capable…

Colette Milhé

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