Dominique Casajus, L’Aède et le Troubadour. Essai sur la tradition orale, Paris, CNRS éditions, 2012. Compte-rendu

Dans son dernier livre, Dominique Casajus reprend une question chère aux Occitans : la poésie des troubadours vient-elle des Arabes ?  Le célèbre numéro des Cahiers du Sud  de 1943, « Le génie d’Oc et l’homme méditerranéen » – fortement  inspiré par Simone Weil qui ne l’a jamais vu – elle était décédée en Grande-Bretagne lors de sa sortie – même si elle a signé un article sous le pseudonyme d’Emile Novis : « l’agonie d’une civilisation » –  l’affirme en particulier dans l’article d’Emile Dermenghem qui présente « les Arabes précurseurs des poètes d’Oc ». Le thème est donc classique mais pas les compétences puisque Casajus confronte – et je ne dis pas compare – les poésies orales ante-islamiques et celles des touaregs aux troubadours, étant donné qu’il lit dans le texte (ou sur les lèvres) ces trois langues.

Evidemment, il commence par multiplier les précautions en commençant par examiner la difficile question de l’expression de la poésie orale et/ou improvisée et de sa transcription. Il rencontre ainsi  Homère – a-t-il existé ? demandait-on au 18 et 19ème siècle – les poètes de l’ante-islam, et les troubadours. Ce préambule lui sert surtout à insister sur les difficultés que pose sa question. Comment repérer l’oral dans l’écrit ? Il nous présente plusieurs solutions imaginées par différents auteurs dont Albert Lord ou Catherine Bateson, la fille de Margaret Mead et de Gregory Bateson. Comment s’improvisent des poèmes et par quels procédés peut-on les retenir ? En  un mot D. Casajus présente les différentes solutions observées pour que s’effectuent la production et la circulation de la poésie orale. Il voudrait trouver les marques de ces improvisations et de cette conservation qui pourraient se retrouver dans des langues et des époques diverses.

Aussi incertains soient les résultats, ils ont l’avantage de proposer des convergences entre des lieux et des époques fort différentes, et des documents hétérogènes. Il trouve pourtant un point commun à un ces trois domaines, la séparation réaffirmée du poète et de sa belle. Dès lors, deux explications se présentent. La réaliste incarnée par Köhler-Duby qui voit dans cette situation l’expression de conflits au sein de la noblesse. La scripturale qui pose cette séparation comme l’expression obligatoire, le thème qui doit être traité pour passer pour telle, inhérents au travail de composition poétique. Déjà, pour ou contre Sainte Beuve.

Les subtiles exigences de Casajus ne donnent évidemment pas de réponse dirimante. Il se contente de mettre son érudition au service d’une question qui m’est chère et de présenter méticuleusement les tentatives les plus fines de résoudre la question.

Bernard Traimond

Publicités

A propos antropologiabordeaux

Association loi 1901
Galerie | Cet article, publié dans Lectures, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s