Chroniques de l’ordinaire bordelais – Episode 50

Un tout petit voyage

Face aux Pyrénées, alors que quelques flocons volent au-dessus de nos têtes, nous faisons patiemment la queue derrière le portillon. Trois minutes d’attente, ce n’est pas grand chose. Le voilà qui arrive, majestueusement, dans un auguste ralenti. Des voyageurs en descendent pour nous céder leur place. La cabinier ouvre puis referme le portillon d’accès derrière nous d’un air cérémonieux. Tout le monde le salue en montant, ce à quoi il répond d’un signe de tête solennel. Certains choisissent de s’asseoir sur les bancs de bois, d’autres restent debout sans s’accrocher encore aux lanières de cuir usées qui pendent, attendant négligemment que quelqu’un les saisisse. Trois minutes, le temps de croiser des regards, d’échanger un sourire, de saisir au vol quelques conversations, des reproches faits à des enfants qui se tiennent mal et risquent de tomber. « Tiens-toi bien ! », « Ne fais pas l’andouille ! », « Laisse ta place à la dame ! ».  Justement, on se raidit un peu car le cabinier vient de faire coulisser la porte pour la fermer. Il se met aux commandes et un son désagréable nous signifie le départ. Quelques lanières de cuir trouvent une utilité entre les mains des corps tendus. Regard concentré, le cabinier a l’arrivée en ligne de mire. Mais à peine le temps d’accélérer que nous ralentissons déjà. Nous sommes arrivés. La cabine s’immobilise, les corps se relâchent et se remettent en mouvement tandis que le cabinier nous libère d’un glissement de porte. On descend en se faisant des politesses. « Après vous », « Mais non, je vous en prie ». Même en trois minutes, un voyage commun ça crée des liens. Le cabinier ouvre le portillon et nous laissons à notre tour notre place aux prochains voyageurs en prenant aimablement congé. Songeant fugacement aux expériences quotidiennes dans les transports en commun “modernes”, il me semble avoir fait un tout petit voyage au pays de la désuétude, dans un espace hors du temps. Et à peine passé le portillon, comme les enfants turbulents de la cabine le demandent à leur mère, je me dis que je referais bien, moi aussi, un tour de funiculaire.

funiculaire

Stéphanie Gernet

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