Atelier 4. Eric Chauvier, démarches d’écriture. Compte-rendu.

16 février 2013

Les questions de l’écriture et de la méthode sont essentielles, au bout de la chaîne, il y a toujours du texte, il faut en avoir conscience dès le départ. Eric Chauvier remercie son directeur de thèse de lui avoir fait comprendre cela.

Ayant posé cette question de l’écriture comme centrale, il organise son intervention autour de son cheminement dans ce domaine, de son premier livre, Fictions familiales à sa recherche récente en Seine St-Denis.

Tout en déclinant les influences qui irriguent sa démarche, il montre aussi comment chaque enquête génère de nouvelles questions et la nécessité de mettre en place de nouveaux dispositifs. Il donne ainsi à voir une anthropologie dynamique, en mouvement dans laquelle la réflexivité a une place de choix.

Auteur

Foucault, dans Qu’est-ce qu’un auteur ? explique que mathématiciens et juristes partagent les mêmes langages ou conventions, ce ne sont pas des créateurs. Par contre, dans d’autres disciplines, dont l’anthropologie, le chercheur est un auteur.

L’anthropologie classique laisse peu de place au lecteur, qu’elle met à distance. Or, il est plus intéressant de questionner le lecteur que de l’intimider.

Fragments

Dès Fictions familiales, la « matière » de l’enquête, ce sont des situations d’interlocution, des scènes saisies par le langage. Le point de départ ce sont des fragments dont il convient de montrer la richesse (cf Nathalie Sarraute) L’imprégnation du théâtre écrit conduit à une transcription de fragments de conversation et à un travail sur 4,5 tours de parole, analysés et interprétés. Le plus souvent enregistrées, les paroles vont être ressassées tout au long du texte. Par contre dans Somaland, Eric Chauvier a choisi de donner beaucoup d’ampleur aux paroles qui « vampirisent la page. »

Subjectivité

L’enquête sur sa propre famille a posé la question de la singularité mais aussi de la « subjectivité ». Or, la relation sujet/objet est fallacieuse, on est toujours dans la communication. Son ami anthropologue Nicolas Jaujou a eu l’idée de rendre le texte aux membres de la famille afin d’établir un régime de preuve par la validation des observés.

Le texte est alors devenu un support de verbalisation : les personnes vont se lire en train de parler. Cela a déclenché des propos et donc une seconde enquête.

Eric évoque Sabine Broussard, anthropologue bordelaise qui a utilisé cette démarche dans une enquête auprès de travailleurs sociaux, auxquels elle remettait des entretiens retranscrits. (Voir Eric Chauvier, Profession Anthropologue, Éditions William Blake And Co., 2004.)

Malaise

La démarche a été reprise dans une enquête auprès d’un collègue surveillant, mal à l’aise en présence d’une femme en contrat CES (« Restitution et réception du texte anthropologique », Ethnologie Française  XXXIII, 3, p. 503-512, 2003.) « Chaque malaise de la vie quotidienne peut porter le nom d’une ethnie à découvrir. »

B.Traimond a remarqué que tous les experts commencent par dire « je crois » (que cette expertise tient la route.) Le rapport que nous avons tissé au langage nous conduit au malaise. Goffman pour qui l’embarras est une dynamique et Garfinkel qui considère que l’anomalie produit du sens et du savoir et s’intéresse aux pratiques de normalisation dans la conversation, sont des références incontournables.

Comment alors mettre en scène dans les textes les anomalies, ce qui dysfonctionne ? Comment ré-humaniser les textes d’anthropologie ?

Enquête auprès de jeunes en Seine Saint-Denis

L’enjeu était de faire exister les jeunes dans leur singularité, loin des stéréotypes sur les jeunes des cités, des quartiers, des bandes.

Eric met en place une expérience visant à les faire réagir par rapport aux textes. Face à des difficultés de lecture/écriture, le texte ne doit pas être intimidant : il faut y trouver leurs paroles. Le texte est co-construit à partir d’une transcription de leurs paroles et d’une question d’ordre analytique. Les jeunes interagissent à partir du même texte. Le livre numérique fait apparaître les rajouts (écrits, son, rap…)

Le but étant d’amener à verbaliser, à restituer la polyphonie, de créer des analyses par rapport à des fragments, le chercheur part de questions (par exemple par rapport au port de la casquette) pour amener à réagir et à se poser des questions.

L’enjeu des recherches-actions, c’est de déconstruire tous les préjugés, de démystifier. Entre la guérilla urbaine (Lagrange, Le déni des cultures) et la compassion, la victimisation (D.Fassin, La force de l’ordre), il s’agit d’écouter dans des conditions différentes, en prenant le temps, pour montrer la vie à l’échelle 1, telle qu’elle se passe dans ces quartiers.

Langage

Que du bonheur et La crise commence où finit le langage (Allia, 2009.) C’est intéressant de voir comment le langage se modélise, dans une injonction à parler d’une certaine manière. Le langage sans contexte est utilisé dans une foule de situations.

Ce compte-rendu sous forme de mots-clefs, clin d’œil à l’intervenant, serait incomplet s’il n’était pas précisé que comme d’habitude les participantes ont enrichi l’atelier de leurs réactions, questions, expériences…

Celles qui nous ont rejoints aujourd’hui pour la première fois ou qui n’ont pas suivi l’atelier de l’an dernier à Belcier, peuvent toujours consulter les CR de 2012 (atelier 4) sur le blog.

Nous avons décidé de programmer un deuxième atelier pour prolonger celui-ci, peut-être à partir d’une déambulation à Bordeaux- Bastide afin de collecter des matériaux. Dans la perspective de l’exposition finale, Eric a proposé d’ouvrir à d’autres supports : vidéo, photos, son…

CM

Ci-dessous, des textes de l’enquête à St-Denis.

chauvier 1 AVVEJ 12 13 2012

chauvier 2 Les jeunes de R 93 5 1 2012 chauvier 3

Les jeunes de R 93 16 10 2011

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