AMSELLE, Jean-Loup, L’anthropologue et le politique, Paris, Lignes, 2012. Compte-rendu.

AMSELLE, Jean-Loup, L’anthropologue et le politique, Paris, Lignes, 2012. 125 p. 15 euros.

http://www.editions-lignes.com/AMSELLE-ANTHROPOLOGUE-POLITIQUE.html

          COUV-AMSELLE-ANTHROPOLOGUE-WEB-254c4   Le dernier livre de Jean-Loup Amselle plaide pour une anthropologie sans frontière qu’aucun objet (le « Sud » par exemple), ou domaine (l’économie) ne limiterait. Sa démarche s’applique avec profit à n’importe quel sujet et en particulier, à la cité, au politique. Pourtant, nous sommes loin de l’engagement sartrien et curieusement plus proches des Mythologies de Barthes. Fort de ses recherches antérieures, l’anthropologue met en œuvre les instruments qu’il a mis au point par des enquêtes, pour comprendre quelques questions d’actualité. Je vais donc examiner les modalités et les formes qu’il propose pour ce projet.

A ce titre il examine différents thèmes politiques – les élections, le populisme –  différents auteurs – Lévi-Strauss, Balandier – et différents objets – l’art africain, les langues – en s’appuyant sur ses expériences d’anthropologue, d’africaniste mais aussi de citoyen. Même si ses travaux antérieurs orientent ses intérêts et ses démarches, cette fois, il ne met pas en branle sur les sujets examinés le lourd et long processus d’enquête. Il se contente de travailler sur les informations disponibles organisées selon ses choix épistémologiques et politiques établis auparavant.

Evidemment, nous sommes bien éloignés des « essais à la française » selon l’expression de Chartier. Les sujets choisis s’inscrivent en continuité avec les recherches de l’auteur et surtout, inéluctablement, ils sont traités aux moyens des instruments de l’anthropologie, discipline si négligée dans ce pays. Prenons le texte sur le « populisme », tarte à la crème des journalistes et aussi objet « qu’on juge en même temps que l’on nomme » pour encore reprendre la formule de Barthes. Amselle ne mange pas de ce pain là, d’abord parce qu’anthropologue il le subit mais surtout, il essaie de comprendre les formes que ce « parler au nom du peuple veut dire ».

Pour mieux préciser la démarche suivie, je vais m’appuyer sur l’article consacré aux langues qui me semble particulièrement révélateur des moyens mis en œuvre et des objectifs recherchés. Cette fois, Amselle n’étudie pas un cas concret comme il l’avait fait dans Branchements avec la langue N’ko de Souleymane Kanté sur laquelle il rassemblait le maximum d’informations en consultant les écrits antérieurs mais aussi en allant jusqu’au Caire en rencontrer les utilisateurs, auteurs, imprimeurs et lecteurs. A l’inverse, il s’appuie cette fois sur certains linguistes comme Gabriel Manessy ou Sylvain Auroux pour affirmer des « signifiants globaux » car « le global est premier par rapport au local ». Cela ne l’empêche pas de repartir aussitôt vers le « nom que les locuteurs donnent à leur propre langue » afin d’échapper à ce qu’il appelle la « métaphysique langagière sous-jacente », aux « catégories préconstruites » pourrait-on dire. Ce moyen lui donne  les arguments pour s’opposer à la doxa en vigueur sur le sujet, lien langue/territoire, standardisation, mort des langues, homogénéisation culturelle, langue pure, langue mère, langue base… que Leibniz avait codifiée dès la fin du 17ème siècle. Il peut alors concevoir des « langues en voie d’apparition » tel que le « nouchi » d’Abidjan et bien d’autres qui se créent sous nos yeux, même si le rythme de leur émergence n’est peut-être pas celui d’une vie de chercheur.

Ce propos sur un seul des sept articles du livre permet de préciser l’objectif d’Amselle et les moyens qu’il se donne pour l’atteindre. Ses objets appartiennent au discours cultivé tels qu’il se rencontre dans les journaux et les émissions de l’intelligentsia. Pour les traiter, il n’invoque que des informations issues directement et indirectement de l’anthropologie. Enfin, ces considérations lui permettent d’avancer des avis circonstanciés sur les questions que se posent aujourd’hui les citoyens.

On comprend maintenant que ce qu’Amselle appelle dans son titre politique n’a rien à voir avec l’engagement de Sartre. Le moindre  des textes de ce dernier avait à la Libération des conséquences pratiques : ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le politique n’est donc plus automatiquement un lieu d’intervention mais simplement, il signifie un certain point de vue, le global, l’échelle qui en découle et le choix des thèmes examinés.

Bernard Traimond

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