De BIASI, Pierre-Marc, Génétique des textes, Paris, CNRS éditions, Biblis, 2011

Cette présentation de ce que de Biasi appelle Génétique, c’est-à-dire les études génétiques, vise à montrer la démarche de cette discipline post-structuraliste (que je n’ose dénommer post-moderne même si c’est la même chose). Pour étudier un texte littéraire pétrifié au décès de l’auteur, cette démarche réunit le dossier de genèse qui rassemble tous les documents possibles et imaginables – manuscrits, journaux, carnets, images… – ayant contribué à élaborer l’ « avant texte » avant qu’il ne soit imprimé. Avec ces matériaux, elle peut reconstituer les diverses phases de l’écriture, le processus de création. L’objet de l’étude devient alors la genèse du texte, la dynamique d’écriture, expression des processus mentaux qui a présidé à sa rédaction.

Une telle démarche s’appuie sur des paradigmes qui ne nous sont pas étrangers.

1 – Le refus des clôtures. Plutôt que de s’enfermer dans un corpus dont l’analyse mettra au jour, de façon tautologique, les frontières posées au départ de sa conception, la critique génétique refuse le texte « institué comme totalité interprétable ». Elle laisse ouverte les portes pour de nouveaux documents, de nouvelles informations.

2 – Le microscopique. Elle s’intéresse souvent, mais non exclusivement, au microscopique, l’examen méticuleux et approfondi de quelques mots. L’exemple donné dans le livre examine comment Flaubert a transformé « Jamais il n’y eut meilleurs parents, ni d’enfant mieux élevé que le petit Julien. Ils habitaient un château sur une colline boisée, ensemble dans le paysage » en « le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline » en dix étapes entre le 22 septembre et le 10 octobre 1875.

3 – Le processus. La critique génétique s’occupe donc de l’évolution des textes, de repérer les transformations successives qu’ils traversent et de les expliquer. Son cadre est résolument diachronique.

Ces sommaires remarques veulent montrer l’évidente analogie avec notre anthropologie qui s’appuie également sur les trois paradigmes présentés plus haut. D’ailleurs ne peut-on pas lire le Comment je suis devenue anthropologue et occitane de Colette Milhé (Le Bord de l’eau, 2011) comme le « dossier de genèse » de sa thèse ? Plus généralement quand de Biasi veut inclure la Génétique dans une « science du processus » il ne peut qu’y rencontrer l’anthropologie post-culturaliste. Ce « champ disciplinaire homogène à vocation globale, qui correspond à la fois à une théorie générale de la création comme travail et comme processus, à des méthodes d’analyse conçues pour élucider des itinéraires créatifs exemplaires et à la réalité expérimentale de traces constituables en objets scientifiques » semble être celui de notre anthropologie. Pourtant, j’ai coupé un pan de phrase : « rendre modélisable », qui montre que le livre ne profite pas de tous les aspects de l’histoire de l’anthropologie, de ses succès et en l’occurrence de ses échecs.

Bernard Traimond

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