Chroniques de l’ordinaire bordelais – Episode 30

Une visite impromptue

C’est un jour de pluie d’été. Ils sont venus à pied jusqu’à la bibliothèque. Ils sont fatigués, les vieux Chibanis. Ils viennent voir l’exposition de leurs calligraphies réalisées en atelier dans le cadre de l’association d’accueil des vieux migrants âgés. Ils choisissent des livres de leur pays, le Maroc, mais aussi d’autres régions du Maghreb comme la Tunisie ou « l’Algérie vue du ciel ». Ils prennent aussi une méthode simple pour apprendre le français, un ou deux livres de cuisine orientale, des numéros de la revue « Le courrier de l’Atlas ». Nous nous sommes installés ensemble pour les regarder. Leurs grosses mains malhabiles, tournent les pages avec attention et délicatesse, s’émerveillant d’un paysage, d’un plat de cuisine, essayant de déchiffrer en langue arabe ou française les mots qui s’écrivent sur la page. L’un d’eux soupire : « Oh je regrette de ne pas avoir été à l’école. J’ai travaillé très jeune. » Le médiateur traduit quelques mots, phrases et nous poursuivons la conversation. Ils ont ensuite redescendu lentement l’escalier, en se tenant à la rampe, leur casquette ou leur bonnet vissés sur la tête. Certains ont une canne, d’autres non. Un à un, ils m’ont serré la main et certains l’ont posée ensuite sur leur cœur en inclinant la tête. Puis, ils sont repartis, sous la pluie, comme ils étaient venus.

Marie Braux

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