Chroniques de l’ordinaire bordelais – Episode 29

Le porridge de Sarah

On se réveille dans des draps brodés au milieu des coussins assortis, étonnés d’avoir si bien dormi. On pose les pieds nus sur la moquette moelleuse et épaisse pour ouvrir les rideaux fleuris sur un paysage désolé d’être pluvieux. Il y a des canevas accrochés aux murs. Un hibou. Un abécédaire. Une maison de poupées dans un coin. Il flotte l’odeur familière mais pourtant étrangère d’une maison habitée depuis longtemps par les mêmes gens. On a accepté de goûter le porridge de Sarah. Celui-ci arrive, fidèle à l’idée qu’on s’en faisait, une bouillie beigeasse et fumante, finalement pas appétissante. On le hume. Pas d’odeur caractéristique. On l’essaie du bout des lèvres. Pas de goût caractéristique. Sarah nous laisse, le sourire bienveillant. On se rue sur le sucre. Peut-être que ça ne se fait pas… tant pis. Ca passe tellement mieux comme ça. Après, il faut évaluer. On donne du « Very good », voire du « I loved it ! » si on s’emballe. Sarah a l’air contente, baisse les yeux d’un air modeste. Peut-être sait-elle déjà qu’à des dizaines de miles d’ici, dans une autre maison écossaise, on acceptera ce soir de goûter un autre porridge. Celui de Margaret. Peut-être est-elle prise d’un fou rire intérieur, wavant goodbye sur le perron de sa maison, en nous imaginant grimacer devant le prochain bol matinal. Cependant, elle garde sa dignité jusqu’au bout du chemin de graviers, droite dans son cardigan, telle la garante du secret le plus machiavélique des femmes britanniques… celui de la conspiration du porridge.

Stéphanie Gernet

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