Chroniques d’été – Episode 9

Épisode 9

La solitude du navigateur internet

Quelques mois après l’avoir rêvé, après avoir concrétisé mon projet de départ par un léger clic autorisant le débit de ma carte bancaire, et alors que se rapproche le jour dudit départ, voilà que je revisite ma « réservation en ligne ». Mon billet est électronique. Et sur ma « réservation en ligne », je ne vois plus que : « vol annulé, contactez votre agence ». Alors, je panique. Dans ma tête, des images de la destination désirée défilent et s’éloignent à toute vitesse, remplacées par les toutes petites lignes des conditions de vente que j’ai bien entendu acceptées d’un autre clic inaudible sans les lire, par toutes ces assurances que je n’ai pas prises… Je regrette immédiatement mon inconséquence, essaie de penser à l’éventualité d’un remboursement, caresse l’idée de déverser dès à présent mon angoisse auprès d’un conseiller téléphonique de mon agence virtuelle. Bien sûr, il est 22h30. Bien sûr la hotline s’est refroidie et ne se réchauffera que demain matin. Je panique de plus belle. Dois-je passer la nuit à cliquer sur le site de la compagnie aérienne pour vérifier les horaires des vols ? Ou à relire les vingt-cinq pages des conditions générales de vente ? J’y renonce en attendant demain matin de pouvoir retrouver le doux son rassurant d’une voix humaine sur la hotline. Je rêve du moment où elle me délivrera en m’assurant que, bien évidemment, j’ai été replacée sur un autre vol et en classe affaires en plus, avec toutes nos excuses pour ce désagrément. Il m’en coûtera 0,34 centimes la minute pour avoir un contact avec le « service clients », c’est-à-dire un individu de chair et d’os à l’autre bout du fil. A cette heure de malaise nocturne, je donnerai n’importe quoi pour converser avec lui. Je l’imagine portant un casque et un micro amovible, lui aussi derrière un écran, recevant les plaintes de dysfonctionnement de « réservations en ligne » troublées par d’obscures interférences. En attendant demain, je reste seule face à face avec mon écran et remplie par le doute, tandis que la hotline sonne dans le vide.

Stéphanie Gernet

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