Voyage dans « Sciences Humaines » (n°2405, août /septembre 2012)

Cédant au délicieux désœuvrement estival, j’entreprends de feuilleter la revue Sciences Humaines, tombée par le plus grand des hasards entre mes mains. Le dossier qu’annonce la Une : « l’imaginaire du voyage » accroche sans peine mon attention. J’en consulte paresseusement le sommaire, souris vaguement du ton péremptoire de la présentation : « Pourquoi voyage-t-on ? Que cherche-t-on dans le voyage ? C’est à cette question simple, et pourtant rarement posée, que ce dossier s’attelle. » La rareté m’échappe mais n’agace pas ma décontraction.
Sans connaître très précisément les travaux de Jean-Didier Urbain, je sais qu’il est un des auteurs médiatiques de la fameuse collection Payot avec par exemple Nicolas Bouvier : chaque année, leurs livres ressurgissent dès le mois de mai sur les tables et dans les vitrines des librairies. C’est l’occasion, légère, d’en découvrir un peu plus.
Je me rends donc directement page 32 : « Pourquoi voyageons-nous ? » Une belle question, en effet… L’article est court, six pages, dont deux photos, un encadré avec un schéma à deux axes qui m’angoisse un peu, un autre pour présenter le dernier livre de… tiens ! Nicolas Bouvier ! Vraiment pas de quoi rebuter mes intentions paresseuses…
Cela commence plutôt bien d’ailleurs, par une charge contre les visions « massificatrices » des touristes au détriment de la singularité chère à l’anthropologue, et une noble intention : « aller ici à la rencontre d’un sujet… » D’accord, allons-y ! La seconde partie me convainc moins : une levée de bouclier contre une vision qui accuse le touriste des « vices du tourisme… (…) Sur cette base, le voyageur se voit imputé des perversités en réalité issues de la manipulation et de l’exacerbation mercantiles de ses désirs et de ses rêves… » Le « qui de la poule ou de l’œuf » n’ouvre guère de voies très fécondes, mais passons… Sont ensuite dénoncés les qualificatifs faciles et infamants attribués aux touristes, avec des formules paresseuses : « Il se fait pigeon. Pigeon voyageur. » ou « Ne dit-on pas ʻêtre là en simple touristeʾ ». Je n’épuise pas mes neurones, c’est tout ce qui compte ! Et puis ce n’est qu’une introduction construite de façon classique : à base de généralités. Le style diesel, ça convient finalement bien à ma paresse.
Je poursuis donc ma lecture. Deuxième page. Troisième page. L’introduction s’étend et l’exploration n’est pas celle de lieux exotiques mais plutôt communs. Ah ! Une définition de l’anthropologie du tourisme, on va en venir au but ! « … dégager ces modèles [je frémis devant un renoncement qui s’annonce] et ces imaginaires. » Les généralités reprennent, qui me rassureraient presque. Page 4, je suis saisie de sueurs, aucun phénomène thermique saisonnier : elles sont froides. Le fameux schéma avec ses deux axes désert-société / soi-autrui qui déterminent 4 espaces : désert/hôtels-clubs/villégiature urbaine ou balnéaire/destinations exotiques… Je n’avais jamais envisagé mes envies de plage comme un désir violent de m’agglutiner et de profiter des projections de sable sur ma serviette et des bavardages bruyants qui contrarient ma sieste… Je tremble… La singularité du sujet, qu’Urbain garde silencieux, vient tout bonnement et sagement se garer dans une de ces cases…
Heureusement c’est court, j’en vois le bout ! Dernier encadré, présentation du livre de Bouvier « Il faudra repartir« , qui repose sur une question qui semble essentielle : pourquoi repart-on ? 4 paragraphes numérotés, qui balisent le chemin : 1- L’initiation, 2- La collection, 3- L’addiction, 4- La consolation… Encore des catégories qui tintent comme ce qui était si bien décrié au début : des concepts de marketing. Promis, je repars… en courant !

Colette Milhé

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