La economia no existe. Un libelo sobre la econocracia, Antonio Baños Boncompain, compte-rendu

Antonio Baños Boncompain, La economia no existe. Un libelo sobre la econocracia, Barcelona, Los libros del lince, 2009.

Quand Marianne Enckel m’a annoncé la publication du compte-rendu de mon livre L’économie n’existe pas auquel elle avait joint la vraisemblable histoire de l’expression de Gambelli à Foucault dans Réfraction n°28, elle me signalait un livre espagnol portant le même titre. Ce courrier électronique me signifiait une faute professionnelle – mon métier est de connaître toutes les publications de mon domaine – et me vexait, étant donné les liens que j’entretiens avec l’Espagne. Il ne fut pas difficile de me procurer le livre d’Antonio Baños Boncompain publié en 2009, deux ans avant le mien, aux éditions Lince de Barcelone.

Il se présentait comme un libelle, « petit écrit diffamatoire », alors que j’avais pris grand soin de désigner le mien comme un essai « ouvrage dans lequel l’auteur traite un sujet particulier, mais sans prétendre l’approfondir ni l’épuiser, ni enfin le traiter en forme et avec tout le détail et toute la discussion que la matière peut exiger », définition de L’encyclopédie de D’Alembert et Diderot que j’avais tenu à mettre en exergue. Pour oser attaquer l’« économie », nous avons pensé, lui et moi, devoir commencer par minimiser nos propos en les insérant dans des genres mineurs, le libelle ou l’essai, dans la polémique et l’approximation, hors de l’espace scientifique. Cette posture suppose donc que le champ du sérieux est entièrement occupé par l’économie politique alors que tant Baños que moi sommes convaincus du contraire. D’ailleurs, ce dernier multiplie les marques d’impertinence en décrivant von Newman comme « un petit gros chauve » p. 127 ou en présentant Marten et Samuelson comme un « couple de danseurs » p. 128. Mais cela c’est l’apparence alors que l’argumentation est documentée et convaincante.

Baños Moncompain s’attache à expliciter les paradigmes sur lesquels reposent les discours économiques. Le premier affirme que la recherche du profit détermine les activités humaines comme nous l’ont appris Mahomet (verset 17 sourate 15), Adam Smith et Marx. Le second paradigme pose l’activité des êtres humains comme le résultat de l’intervention solitaire et égoïste des individus telle qu’ont pu l’imaginer le calcul marginal ou la théorie des jeux. Le troisième considère que les événements sont déterminés par des relations causales. Chacun est lié à des précédents et en prépare de futurs selon le principe de linéarité. Enfin le quatrième paradigme considère le monde comme une totalité cohérente. Explicités, ces paradigmes apparaissent avec évidence, faux.

On le voit, Baños Moncompain travaille surtout sur les discours économiques et montre sans difficulté leur irréalisme. Comme la théologie, ces derniers décrivent des objets imaginaires qui pourtant peuvent devenir des règles de conduite et des guides pour l’action. En particulier, et c’est une des facettes les plus fécondes du livre, il les présente comme un récit qui s’appuie sur des figures  poétiques, « un jeu de métaphores qui structurées en forme de relation constituent une mythologie » (p. 35).

C’est pourquoi l’expression éconocratie qui réunit tous les domaines qui touchent à l’économie l’empêche de séparer les mots et les choses comme le souligne la définition qu’il en donne à la page 198, « L’éconocratie est un système de croyance et de domination ». En outre, cet objet ne délimite pas d’échelle ce qui l’autorise à utiliser et à amalgamer des informations de qualités très inégales. J’ajouterai en tant qu’anthropologue que je ne peux accepter ni l’analogie entre les Trobriand de Malinowski et le monde de la finance actuel, ni l’image qu’il donne de la magie. Ces approximations n’ont cependant qu’un rôle mineur dans sa démonstration car le souffle de ses convictions et l’enthousiasme de ses assertions alliés à la subtilité de ses remarques emportent l’adhésion. Surtout, il s’agit d’un libelle qui n’affirme pas devoir respecter les normes académiques et lui permet d’accéder à des considérations pertinentes et percutantes, en particulier dans le domaine de la mise en valeur de la poétique, qui fonde et donne son autorité au discours économique.

Je ne peux donc que terminer cette présentation par une citation de Barthes qui n’a malheureusement pas parlé d’économie quand il réfléchit sur le discours de la répression coloniale : « C’est un langage qui fonctionne essentiellement comme un code, c’est-à-dire que les mots y ont un rapport nul ou contraire à leur contenu. C’est une écriture qu’on pourrait appeler cosmétique parce qu’elle vise à recouvrir les faits d’un bruit de langage, ou si l’on préfère du signe suffisant du langage. » (Mythologies, 1970, p. 137) Baños Moncompain le démontre à propos de l’économie dans toute son ampleur. Mais alors n’y aurait-il pas une poétique de l’oppression commune à l’économie politique et aux guerres coloniales ?

B. Traimond

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