Chroniques de l’ordinaire bordelais – Épisode 12

Journal de campagne

Dimanche 11 mars

Où sont passées les poules, les deux qui restent ? Une autre a été emportée par le renard – « c’est la saison » m’a dit un chasseur, « il a des petits à nourrir » – le coq, tué par un chien. Je crains que le renard revienne. Puis je les vois, les deux, en bordure des pins ou ce qu’il en reste, à portée de n’importe quel prédateur. Qu’y puis-je, même si je regretterais d’autant leur disparition qu’elles viennent, enfin, de se remettre à pondre. J’ai pourtant prévu la relève, trois poules et trois coqs, mis en pension dans une zone sans renard.

Si les poules sont là, la chatte est partie se promener alors que son petit, moins d’un mois, pleure. Il a faim de lait mais une soucoupe le fait taire quelques instants, de caresses et je dois le prendre sur mon cou, ce qui ne l’empêche pas de me mordre.

Hier j’ai installé un piège à « frelons asiatiques ». Un voisin m’avait fait un terrifiant tableau de leur malfaisance – ils avaient, près de chez lui, détruit abeille après abeille un essaim sauvage – et de leur agressivité – après qu’il ait tiré deux coups de fusil sur leur nid. J’ai donc découpé une bouteille plastique, inversé le goulot et mis de la bière. Résultats : des mouches et des papillons en espérant qu’ils n’appartiennent pas à des espèces rares; pour le moment, pas de frelon.

Lundi 12 mars

Tout est en retard cette année, même les pruniers n’ont pas encore de fleurs. Ça me laisse un délai pour bêcher le jardin, activité pourtant hivernale.

En fin de soirée, sur le chemin de Luglon, une forme bizarre : deux chevreuils mangent de l’herbe. Ils ne m’ont pas vu. On dirait qu’ils ont deviné que les battues sont finies et ne craignent plus rien.

Des crottes sur le chemin du Tuc de la Dona, noires et petites : le blaireau ou le renard, je ne sais.

Mardi 13 mars

Ce matin l’airial est parsemé de grives, des torts, posées semble-t-il en raison du brouillard qui gênait leur migration. Les poules ne sont toujours pas là, elles reviendront en fin de matinée. Il faut dire que deux chiens sont arrivés par le chemin de Luglon, un chien courant et un setter anglais; par chance j’étais là et ils ont fait demi-tour. C’est à deux, s’excitant l’un l’autre, qu’ils attaquent les poules.

Discuté au café avec Gaston B. qui m’a appris qu’autrefois, au milieu des champs verticalement aux autres, on traçait un sillon appelé cauler qui servait à évacuer l’eau. C’est une technique propre à la Grande Lande, inconnue dans le Marensin. Le mot ne se trouve pas dans le dictionnaire d’Arnaudin mais dans celui de Foix, avec « sillon » pour traduction sans aucune spécificité. C’est là que Lo comis, le parrain de Gaston B., braconnier notoire, mettait des collets pour attraper des lièvres.

Jeudi 15 mars

Il a fait très chaud aujourd’hui, 27°. Les bourgeons pointent, ceux des rosiers particulièrement.

J’ai continué à bêcher le jardin et je me suis heurté à des rhizomes de bambous qui voulaient le traverser. J’ai l’air dégourdi quand ils poussent au milieu des poireaux. J’en ai déterré deux de deux mètres de long. Une chance qu’ils ne soient pas trop enfoncés et que ma bêche – en fer forgé acheté dans la quincaillerie de Grenade qui vient de fermer – les rencontre.

Vendredi 16 mars

Rien. Je pars à Paris.

Bernard Traimond

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