Déambulation à Belcier

En plus de donner lieu à des conversations animées, les deux ateliers d’écriture animés par Eric Chauvier, ont vu l’émergence de textes autour du quartier Saint Jean/Belcier à Bordeaux.

 

Devant le centre de propreté, à côté des abattoirs désaffectés récemment, des camionnettes blanches stationnent. A l’intérieur, les dames exhibent leurs plus beaux attraits. Elles ne peuvent attendre que l’habitué car il faut l’être pour les dénicher dans cette zone d’entrepôts fermés en ce samedi matin frais.

A une intersection, une autre camionnette transformée en buvette portative satisfait quelques clients sortis d’on ne sait où. Une rentabilité improbable le samedi matin quand la majorité des entreprises de la rue ont leurs rideaux de fer baissés.

Rue de Saïgon : d’un  côté : le monde urbain avec trottoir, bitume, caniveau, portes d’entrée de maison en tranche des années 1980, et garage (le nec plus ultra !). Au milieu, comme zone franche, une chaussée pavée. De l’autre coté,  une zone « périurbaine » avec une bande de terre tassée, des herbes folles qui longent un chai ou entrepôt d’un autre siècle. Le monde urbain avec ses allures de confort à tous les étages est fabriqué avec des matériaux d’une longueur de vie limitée : crépi, portes de série en bois, portes de garage métalliques, macadam usé… le monde périurbain, lui en face, garde les fastes des siècles passées : murs en pierres de taille, pavés.

Finalement des deux lequel résiste le mieux ? Pour l’instant, les deux mondes cohabitent en jouant sur la différence. Mais dans le plan d’aménagement urbain lequel des deux va-t-il survivre ? Celui dans lequel des familles vivent, des enfants grandissent tant bien que mal ou l’autre qui perdure mais qui est depuis longtemps mort !

Rue du Commerce : 2012 : Plus un commerce bien sûr. Une bitte bloque une des deux issues de la rue. Celle-ci ressemble à un décor de théâtre. Un magasin de location de costumes complète l’image d’Epinal. Juste une ou deux voitures garées renforcent le sentiment de carton pâte : on s’attend d’une minute à l’autre à voir sortir de nulle part Al Capone et ses sbires le pistolet mitrailleur prêt à se vider de leurs entrailles. Les néons des sorties arrières de boites de nuit ne clignotent plus. Quelques rues perpendiculaires sont aussi désertes. Au détour d’une rue, un couple disparait à l’intérieur d’une petite maison. Scotchée à la fenêtre, une affiche pour un site qui promeut les initiatives d’un quartier éco-citoyen (http://belcier.bainsdouches.free.fr)

Pourquoi associer ces deux notions : l’écologie et la citoyenneté ? Ce mot « éco-citoyen » utilisé à tout bout de champ, probablement par moi aussi, se retrouve dans la malle des mots fourre tout et perd toute crédibilité. L’agrégat des mots vide le mot final de tout sens.

Rue Son tay : Une prostituée attend le client appuyée à la porte d’entrée de l’Assemblée évangélique de la Lumière.

Entre une salle communale et des petits immeubles de deux étages, une belle maison en meulière aux volets clos résiste encore aux intempéries (elle est de facture solide et mastoc) et au formatage des urbanistes. La lumière de la porte d’entrée, éclairée encore à cette heure avancée de la matinée, semble nous faire un clin d’œil, et nous inviter à aller voir de plus près.

Place Ferdinand Buisson. Une belle place rectangulaire avec dans un coin une petite église qui tient plus de la chapelle que de l’église. Ici à Belcier, les rassemblements de chrétiens tiennent dans un mouchoir de poche.

L’école affiche sur sa porte une proposition de balade en car pour comprendre les différents axes du projet de la mairie pour le quartier. Proposition de visite guidée relayée par l’Association de quartier (toujours le site du bainsdouches). L’école est un relai de communication. Peut-être une façon pour elle de s’ancrer dans le vécu de ce quartier en mutation. Une politique active. Les enseignants sont-ils des anciens du quartier qui tiennent à conserver au quartier les valeurs d’antan ou de jeunes militants écologistes… Cette place si bien dotée en jeux d’enfant dans le square tout neuf et les multiples endroits pour s’asseoir sous les platanes, est pourtant, en cette fin de matinée, absolument déserte. Il y a très peu de commerces (nous n’avons vu qu’une boulangerie dépôt d’épicerie…) et beaucoup d’endroits un peu délaissés. Un ancien entrepôt a été transformé en jardin partagé avec fabrication de compost et parcelles à cultiver pour les habitants. L’association «  friche and cheap » semble avoir pris le projet en main pour le promouvoir au sein du quartier.

Virginie Perchais

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