Café des anthropologues avec Anne Doquet (26/01/12), compte-rendu

Le cinquième café des anthropologues, organisé à la bibliothèque des Capucins, a permis la rencontre de l’anthropologue Anne Doquet avec un public d’une quarantaine de personnes.

Chercheur à l’IRD, Anne Doquet est l’auteure de « Les masques dogon » publié chez Karthala en 1999 (épuisé). Elle a commencé par évoquer son parcours professionnel mais elle témoignait plus précisément ce soir à propos d’un conflit qui l’a opposée, elle et d’autres spécialistes des Dogon, au magazine Télérama (Pour plus de détails, voir ici).

Contactée en janvier 2011 par celui-ci mais  échaudée par une première expérience malheureuse avec les médias (une émission « Des racines et des ailes ») elle a hésité avant d’accepter, avec ses collègues, une collaboration pour le numéro Hors-série consacré aux Dogon, alors qu’une exposition leur était consacrée au musée du quai Branly.

Sans en aviser les auteurs, Télérama a « griaulisé » leurs contributions alors même que ceux-ci situent leurs recherches contre la vision qu’a imposée l’anthropologue Marcel Griaule, des Dogon. Si celui qui conduisit la mission Dakar-Djibouti eut le mérite de démontrer que le cerveau des Noirs était aussi élaboré que celui des Blancs, il a aussi contribué à figer les Dogon dans une tradition et une certaine « authenticité » auxquelles ils doivent leur renommée internationale.

Par plusieurs types d’opérations (coupes, ajouts…), Télérama a dénaturé le propos des chercheurs ce qui permet de poser deux questions cruciales : pourquoi ? Comment transmettre les résultats de la recherche, en particulier anthropologique, à un large public ?  

Pourquoi ?

La conférencière cite les travaux de Jean-Loup Amselle qui montrent le regain du « primitivisme ». Les Dogon ne peuvent alors être envisagés que comme « authentiques » et attachés à leurs traditions. La négation de leur contemporanéité, de leur modernité s’exprime pleinement dans l’élimination pure et simple de l’article d’un chercheur dogon, Isaïe Dougnon qui évoquait justement cette modernité.

Le discours de Griaule a solidifié des clichés, organisés autour de la littérature orale et de mythes très élaborés. Comme il est aujourd’hui encore relayé, notamment par les médias, il devient très difficile de faire entendre un contre-discours. On prive ainsi les Dogon de leur histoire et de leur dynamisme contemporain.

Anne Doquet fustige encore les émissions de Catherine Clément sur France Culture, diffusées lors de l’exposition, qui confortaient cette vision primitiviste. Les Dogon ne peuvent être que tels qu’on s’obstine à les penser.

La place des chercheurs

Elle rappelle que le musée du quai Branly, voulu par Jacques Chirac, grand amateur d’art africain, devait initialement être le musée des « Arts premiers ».

La prépondérance d’une vision esthétique, portée par des collectionneurs et des propriétaires de galeries d’art, parties prenantes dans ce musée, pose elle-même problème. Elle a conduit à l’expulsion des anthropologues de son élaboration même. Le pouvoir de personnes n’appartenant pas au monde académique engendre un problème de taille : ils n’ont pas de comptes à rendre à leurs pairs, ce qui les soumettrait à beaucoup plus de rigueur. Anne Doquet note par exemple qu’il y a des erreurs scientifiques dans les cartels.

Cependant il y a au musée du quai Branly un département « recherches » qui organise des conférences et des colloques de qualité.

Une intervention dans le public a souligné que, face à cette situation inquiétante, le seul moyen d’être véritablement informé était alors de lire des ouvrages spécialisés et ardus. Anne Doquet a alors répondu qu’il y a aussi actuellement des anthropologues qui écrivent de façon simple et tout à fait lisible, accessible.

Si la question de la transmission du savoir scientifique à un public plus vaste (et non aux seuls spécialistes) se pose aujourd’hui de façon cruciale dans l’écriture de l’anthropologie, on peut peut-être noter que le café des anthropologues y contribue modestement, rassemblant un public toujours plus nombreux, composé pour l’essentiel de non anthropologues.

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