Roms en (bidon)villes, Martin Olivera, Editions rue d’ULM, 2011, 80 pages, 5 euros

La mode semble aux petits livres, sans doute pour satisfaire cette aspiration contemporaine à « picorer ». Vite et beaucoup… Puisse cette boulimie d’information ne pas masquer un zapping permanent, l’inconséquence du aussitôt lu, aussitôt oublié, le développement d’une fast-lecture…
Sacrifiant moi-même parfois à cette mode, j’ai acheté ce petit livre mue par des motivations diverses : les Roms que je côtoie dans mon quotidien professionnel me posent question, le manque de temps m’a orientée vers le volume court exposé sur la table d’une librairie où je ne faisais qu’un tour sans idée précise (je suis tombée dessus, le faible coût m’incitant d’autant plus à le lire) et l’auteur était anthropologue.
UNE BONNE SURPRISE
L’auteur a enquêté, d’abord sur les Roms en Roumanie puis sur leur parcours en France. Ce double terrain permet un éclairage tout à fait important : la méconnaissance du mode de vie en Roumanie ou en Bulgarie tend en effet à nous induire en erreur : le squat et la mendicité nous apparaissent par exemple comme une simple transposition d’un mode de vie là-bas, ici. Faux, nous dit Martin Olivera dans ce texte court et facile d’accès (extrait d’une conférence). Au fil des pages, émergent ainsi toutes les représentations erronées que nous construisons, alimentés par les médias, les discours politiques et par nos propres observations/interprétations. L’enquête confère une légitimité et une autorité qui révèlent d’autant mieux, en creux, celles-ci.
L’auteur déconstruit une des catégories globalisantes par lesquelles nous appréhendons notre environnement. Ainsi, nous apprend-il que les Roms sont très divers et éloignés de notre imaginaire d’origines indiennes auxquelles eux ne se réfèrent pas. Le nomadisme n’est absolument pas la règle de leur mode de vie. Leur migration, économique, ne diffère pas de celle d’autres migrants…
Martin Olivera nous fait découvrir comment au fond nous fonctionnons facilement à partir de clichés et nous interroge sur cette « étrangeté », exclusive, que nous attribuons à l’Autre. Finalement, les petits livres donnent parfois de grandes leçons !

Colette Milhé

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