Carnets de voyage – Atelier 3

Samedi 7 janvier 2012

Le projet « Carnets de voyage » à Bordeaux est conçu comme un prétexte (la réalisation finale d’un carnet personnel n’est pas exigée, chacun est libre de sa démarche) pour (re)découvrir la ville et la démarche de l’anthropologie. La participation d’intervenants différents favorise cette exploration et un étonnement renouvelé. Justement, c’est la capacité à s’étonner et à se troubler qui était au cœur de nos préoccupations aujourd’hui.
Treize participantes ont assisté à l’atelier d’écriture animé par Eric Chauvier. Lors de ce premier rendez-vous (le second aura lieu le 11 février), il a exposé sa propre démarche et exprimé son désir de nous faire travailler sur le quartier Saint-Jean/Belcier. Il nous a proposé d’expérimenter la ville à partir des « anomalies », rappelant qu’un observateur est toujours quelqu’un qui éprouve.
Pourquoi ce quartier ?
Les abords des gares sont souvent des zones indéterminées. Celui-ci n’a pas de marqueurs identitaires forts. Populaire par sa population, il est en cours de mutation.
Eric Chauvier présente la vision « officielle », celle de la mairie et des urbanistes. L’arrivée de la LGV va transformer le quartier en centre d’affaires avec 25 000 m² de bureaux. Ce sont 160 ha qui vont être modifiés.
Quand les urbanistes parlent de mutations, ils ne les abordent que sous un angle positif. Lui-même nous propose de travailler sur le négatif, l’expulsion des populations en particulier. Comment saisir les mutations ? Quels outils utiliser ?
Yolande, participante et « indigène » du quartier nous a fait part de ses expériences.
La ville et les sciences humaines
Eric Chauvier remarque que les sciences humaines, suite aux travaux de Le Corbusier, favorisent toujours les approches normalisantes de la ville autour de 4 critères : Habiter/travailler/se recréer/circuler. Cette notion de « ville rationnelle » n’a plus de sens aujourd’hui. Il plaide pour la complémentarité d’une démarche qui privilégie les anomalies.
Il  évoque différentes approches de la ville :
• Celle de l’école de Chicago (1920) qui, soucieuse d’apporter une aide à la décision politique, a inventé la recherche appliquée. L’observation participante, les récits de vie… fondent la démarche. S’intéressant aux migrants et à la délinquance, son objectif reste la norme : toutes les marges doivent s’intégrer. Ce qui échappe à la norme ne retient pas son attention. Frédérique a soulevé une question intéressante, celle des expériences collectives qui émergent et dont on parle finalement peu (squats autogérés…)
• Sociologie française de la ville
D’inspiration marxiste, elle restitue finalement peu le vécu des dominants /dominés. Bourdieu par exemple est avant tout un dialecticien de la domination.
• L’ethnologie urbaine
Gérard Althabe, Michelle de la Pradelle, Colette Pétonnet… portent finalement peu d’attention à ce qui ne fonctionne pas. L’étude de quartiers,  de manière le plus souvent monographique, ne permet pas de saisir les mutations.
• Le modèle dominant aujourd’hui propose une approche stéréotypée et très partisane de la ville. Saskia Sassen invente le concept de « ville-monde » : la ville est le reflet de la mondialisation.
Les urbanistes jouent un rôle important dans les évaluations de la ville ; ils travaillent beaucoup autour d’une métaphore organique.
Or, la ville « monde-objet » est déconnectée du « monde-vécu ». Notre expérience montre que tout ne fonctionne pas : c’est à redécouvrir. Par exemple, le squat est invisible en ville : il n’y a pas de langage officiel et le voisinage n’en parle pas.
• Des démarches plus fécondes
Eric Chauvier propose de faire réapparaître les règles de la vie sociale par défaut, en « creux ». Il se réfère à Garfinkel qui, pour faire apparaître l’implicite de notre vie ordinaire travaille sur des expériences de perturbation, ou encore à Michel de Certeau, philosophe du quotidien qui parle d’ « itinéraire » : ce qui se fait avec les pas, au ras du sol, du monde vécu : la ville devient beaucoup plus étrange.
Il évoque aussi les « situationnistes » et leur démarche de « dérive » : rompre le rythme de la promenade, se laisser absorber par différentes atmosphères.

Observer, s’étonner

Pour mieux expliciter la démarche, Eric Chauvier nous donne quelques exemples de son expérimentation. Toute anomalie engendre une question. A nous d’observer et de questionner : nous sortons. Devant la bibliothèque des Capucins, un SDF peste : alors qu’un homme vient lui demander du feu, il s’exclame : « On ne peut pas fumer tranquille à Bordeaux ! » Eric nous conduit ensuite dans le quartier, nous faisant emprunter un circuit peu familier pour la plupart d’entre nous. Il nous montre un bâtiment anachronique qui semble résister à proximité d’un hôtel moderne. A l’intérieur de celui-ci, un homme en train de taper un texto s’interrompt, intrigué par notre intérêt massif pour une vieille porte en bois. Nous introduisons nous-mêmes de l’anomalie. Nous découvrons des lieux insolites : la place Meunier, des rues aux alentours de la rue Tauziat et de la gare mais le déplacement collectif n’est guère propice à l’activité que nous sommes censées expérimenter. De petits groupes se constituent, qui bavardent allègrement ! Certains continuent vers Belcier, quant aux autres, elles conviennent de réaliser les observations seules avant le prochain atelier durant lequel nous mettrons en texte nos notes.

Le texte de l’intervention d’Eric Chauvier est en ligne, rubrique « Interventions ».

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