Bibliothèque idéale pour une initiation à l’anthropologie

Nous vous proposons une brève présentation de 50 livres en français par ordre alphabétique des auteurs (Pdf à télécharger : BIBLIOTHEQUE 2011)

Cette « bibliothèque » se propose de donner une liste de livres donnant un panorama aussi complet que possible de l’anthropologie, cette discipline si négligée par le « provincialisme français ». L’amateur a en effet tendance à se diriger vers des manuels ou des dictionnaires qui se multiplient depuis quelques années. Or ceux ci donnent trop souvent une vision dogmatique voire fausse de la discipline. Perçus comme exhaustifs et indiscutables, ils enlèvent de l’esprit du lecteur un élément essentiel de l’anthropologie, l’inquiétude critique.
Au contraire, cette « bibliothèque » rend compte de la diversité de l’anthropologie et cherche à présenter ses ultimes recherches. Pour cela, elle affirme résolument son interdisciplinarité en faisant appel à des philosophes ou des historiens qui servent l’anthropologie ou s’en servent. De même, elle propose des textes qui aujourd’hui ne peuvent servir qu’à comprendre l’histoire de la discipline, la mise en place d’une tradition et d’une bibliothèque. Enfin, elle fait autant que possible appel à des auteurs étrangers malgré la rareté des traductions dans ce pays.
Mais il faut au préalable expliquer l’appellation même de la discipline.

Anthropologie, ethnologie, ethnographie.

En effet, l’anthropologie pâtit de la diversité de ses appellations, aspect sur lesquels il convient, ici, de s’expliquer brièvement d’autant que, souvent, elles gênent l’amateur. Cette situation résulte de trois dynamiques, l’histoire, les choix théoriques et les traditions nationales divergentes.

Histoire

En Français, les termes d’ethnologie (1787), d’ethnographie et d’anthropologie (1795) sont nées alors que le discours biologique développait la notion de races humaines. Contre cette dynamique, l’œuvre de Boas qui a introduit l’anthropologie dans l’Université (dans le Département d’histoire naturelle de l’Université Columbia de New-York en 1895) peut toute entière se lire comme la volonté de n’attribuer aux comportements humains que des causes culturelles en particulier dans le but de s’opposer à l’eugénisme.
En effet, pour Quatrefages en 1856, l’anthropologie était une branche de la zoologie qui synthétisait l’anatomie, l’histoire naturelle, l’ethnologie et l’ethnographie. En 1876, Paul Broca distinguait l’ethnologie de l’ethnographie par le fait que la première était exclusivement biologique alors que la seconde s’ouvrait aux récits de voyage qui s’appuyaient sur des données politiques, militaires, commerciales, religieuses et linguistiques. A l’époque, la première tâche de l’anthropologie devenait donc le classement des races humaines.
Mais en 1927, quand en liaison intellectuelle avec l’anthropologie anglo-saxonne, Mauss, Lévy-Bruhl et Rivet créèrent l’Institut d’Ethnologie, l’intitulé de leur projet avait aussi pour but de voler le mot afin d’enlever à leur discipline tout contenu biologique y compris pour l’écarter de toute tentation raciste. Dès lors, les distinctions du siècle précédent avaient perdu une large partie de leurs fondements. Mauss et Lévi-Strauss en trouvèrent alors d’autres.

Choix théoriques

En 1949, dans un article inclut par la suite dans Anthropologie structurale, Lévi-Strauss reprend des distinctions introduites par Mauss et souvent utilisées par la suite. En premier lieu, il sépare l’anthropologie de la sociologie, en France, parce que cette dernière « se ramène à la philosophie sociale, dans les pays anglo-saxons, comme « spécialité de l’ethnographie ». En second lieu, pour lui, « l’ethnographie consiste dans l’observation et l’analyse de groupes humains dans leur particularité (…) et visant à la restitution aussi fidèle que possible de la vie de chacun d’entre eux ». « L’ethnologie utilise de façon comparative les documents présentés par l’ethnographe ». Elle « correspond approximativement à ce que l’on entend, dans les pays anglo-saxons (…) par anthropologie sociale et culturelle ». Cette séparation ethnographie/ethnologie/anthropologie a deux inconvénients :
1 – Elle suppose que les enquêtes pourraient s’effectuer sans comparaison au moins implicites.
2 – Elle implique l’ignorance des conditions dans lesquelles ont été obtenues les informations dont il dispose ce qui prive l’ethnologue de la possibilité de critiquer ses sources et donc d’assurer la qualité de son propos.
Il ne s’agit pas ici d’expliciter les raisons pratiques et épistémologiques pour lesquelles Lévi-Strauss a repris cette séparation. En revanche, étant donné ses méfaits pratiques et son inconsistance épistémologique, il convient de renoncer à ces distinctions et considérer les trois termes – ethnographie, ethnologie, anthropologie – comme synonymes y compris pour tenir compte des multiples traditions nationales.

Traditions nationales

En effet, les Américains désignent sous le terme d’Anthropologie les enquêtes effectuées hors de leur pays y compris en Europe. En revanche, chez eux, ils les désignent sous l’appellation du groupe étudié, Native American Studies, Gays & Lesbians Studies, Black Studies… ou depuis quelques années, sous le large terme de Cultural Studies. L’ethnographie peut alors parfois devenir une réflexion sur l’anthropologie à l’image de notre historiographie.

En France, la tendance a été parfois de valoriser le terme d’ethnologie en suivant la tradition de l’Institut d’Ethnologie. Mais la critique de la notion d’ethnie, les impératifs théoriques d’aujourd’hui et la nécessité de s’inscrire dans une perspective internationale devraient amener à privilégier aujourd’hui le terme d’anthropologie qui peut se définir pour reprendre la formule d’Althabe comme « une connaissance livrée de l’intérieur d’un monde social saisi à l’échelle microscopique » (Althabe, 1998 : 37).

Bernard Traimond – Université Victor Segalen Bordeaux 2

Bibliographie :

ALTHABE, Gérard, SELIM, Monique, Démarches ethnologiques au présent, Paris, L’Harmattan, 1998.
BOAS, Franz, Anthropology and Modern Life, New York, Dover Publications, Inc., 1986 (1928).
BROCA, Paul, Le programme de l’anthropologie, Paris, Imprimerie Cusset, 1876.
DELACAMPAGNE, Christian, L’invention du racisme, Paris, Fayard, 1983;
QUATREFAGES DE BREAU, Armand de, L’Espèce humaine, Paris, Germer Baillière, 1877.
JULES-ROSETTE, Bennetta, Black Paris. The African Writters’Landscape, Urbana Chicago, University of Illinois Press, 1998.
LEVI-STRAUSS, Claude, Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958.

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